Témoignage: Expérience de volontariat en organismes internationaux

Dans le cadre de la séries d’articles que je publie sur le volontariat international, j’ai le plaisir de vous proposer un témoignage très enrichissant sur le sujet.

Mon ami twitto Abmoul, nous raconte son expérience de volontaire d’abord, et d’employé en charge de recrutement de volontaires ensuite, avec des organismes internationaux. Un retour sur une expérience de plus de 2 ans.  A lire absolument. 

Lire également: “Volontariat international: Choisir et réussir son expérience”

Et: “Expérience de volontariat: Workaway chez une famille Kishwa en Equateur”

Un volontariat d’un an aux Caraïbes

 

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J’ai vécu, il y a près de trois années, une expérience de volontariat dans un pays des caraïbes pour près d’une année. Je fus envoyé par une organisation Canadienne (CUSO International) qui recrute et place des volontaires, avec une expérience pertinente dans leurs domaines d’activité respectifs, auprès d’organisations locales partenaires ; souvent financées par des organisations internationales (agences de l’ONU, USAID, ACDI, JICA, etc.) pour des projets ou programmes dont le cadre, la gouvernance et les objectifs sont étroitement définis.

Ceci pour dire que ce genre de bénévolat s’inscrit dans un cadre institutionnel structuré (à la fois en amont qu’en aval), et ses conditions (matérielle, organisationnelle, etc.) sont souvent confortables, sans pour autant être extravagantes. L’idée étant que le professionnel sacrifie un petit peu de son confort matériel, et quitte éventuellement son travail, afin de vivre une expérience dans un pays et une région qu’il désire découvrir tout en apportant son savoir-faire. Le potentiel contrecoup, est qu’il s’agit finalement d’un vrai travail, avec des attentes de résultats, souvent des heures de bureau, des réunions, etc. Si l’on s’y engage pour fuir la routine du travail, on risque rapidement de retrouver une certaine forme de routine et un environnement assez similaires. Aussi, on n’a, par conséquent, que peu de temps pour voyager. Dans mon cas, je travaillais pour une organisation régionale qui regroupait tous les pays des caraïbes, et je fus heureusement appelé à voyager et visiter la plupart des îles de la région. Dans certains cas que j’ai pu côtoyer, le(a) bénévole pourrait travailler sur des projets dans des zones rurales éloignées, avec des opportunités limitées pour voyager et découvrir.

Une expérience riche et enrichissante

 

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Globalement, ce fut une expérience riche et enrichissante, aussi bien personnellement que sur un plan professionnel. J’ai eu le temps de découvrir la culture caribéenne, de m’intéresser aux enjeux sociaux et politiques de la région, de me faire des amis avec qui j’ai gardé contact et de travailler sur une problématique sociale avec laquelle je n’avais aucune familiarité.

J’ai travaillé sur un projet de réforme de la justice juvénile dans les six pays des caraïbes de l’Est soutenu et financé par des organisations internationales. J’ai donc pu visiter des centres de détentions des mineurs, rencontrer des responsables des six pays, des fonctionnaires internationaux, des responsables d’ONGs, discuter avec des jeunes en situation précaire, etc. En somme, un projet intéressant. Le bévolat réalisé dans le cadre de ces organisations relativement bien structurées, a l’avantage de permettre de travailler sur des projets souvent intéressants et l’on peut beaucoup y apprend. J’ose espérer que mon travail a eu un impact réel sur la vie des jeunes en situation de délinquance dans la région. Mais comme souvent, tout effort n’est qu’une petite pièce d’un ensemble plus complexe qu’il nous est souvent difficile de juger de sa vraie contribution.

Lorsqu’on fait un travail bénévole, l’on est plus exigeant envers soi

 

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Les contrecoups de l’expérience étaient les frustrations et aléas que l’on peut rencontrer n’importe où dans un environnement bureaucratique et/ou de travail similaire. J’ai découvert aussi, avec un peu d’étonnement, que lorsqu’on fait un travail bénévole, l’on est plus exigeant envers soi et surtout vis-à-vis des autres. Une éthique de travail laxiste, surtout de la part de personnes payées pour faire leur travail, peut vous agacer et même vous scandaliser. Une découverte qui m’a assez amusée, ne prétendant pas être sans reproche quant à mon travail salarié.

En ce qui concerne la motivation, il faut être sincère avec soi. Il ne s’agissait nullement d’altruisme pur. Au mieux, s’agissait-il d’une forme d’altruisme individualiste et intéressé – si l’on peut utiliser cet oxymore. Je m’étais engagé dans l’expérience pour une raison personnelle, mais dans mon analyse risques/ coûts/bénéfices – même tacite et inconsciente – il était clair quelque part dans mon esprit que j’y gagnais. Je suis convaincu que tout travail bénévole est une expérience pragmatique et intéressée ; à l’exception notable peut-être des personnes qui travaillent dans des environnements hautement risqués telles les missions humanitaires en zones de guerre ou d’épidémies.

Ce n’est pas du pessimisme quant à la nature humaine, mais juste du réalisme qui n’enlève rien au fait que beaucoup d’actions individualistes ont des externalités positives sur des vies d’individus et de communautés.

À mon avis, le pire des volontaires est celui ou celle qui se convainc qu’il est en mission altruiste et en veut, à la première des déceptions, à ceux qui le reçoivent ou sont destinés à en bénéficier de ne pas reconnaître son prétendu sacrifice. Je mentirais si je disais que la reconnaissance n’est pas un élément fondamental de toute action ou expérience bénévole. Il faut, néanmoins, toujours garder à l’esprit qu’il s’agit d’un choix individuel non forcé, et que l’on y reçoit souvent plus qu’on ne donne.

Une deuxième expérience dans une ONG de développement international

 

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Après la fin de mon bénévolat, j’ai repris mon travail, puis l’ai quitté après une année pour travailler pour une ONG de développement international dont la mission consistait notamment à recruter et envoyer des jeunes volontaires dans des pays en développement. Cela pourrait confirmer qu’une simple expérience de volontariat peut vous aider à réorienter vos choix de carrière si vous en avez envie, et que ma décision était finalement quelque part intéressée. En travaillant avec les jeunes volontaires, j’ai aussi eu la confirmation qu’une grande majorité le faisait en priorité par intérêt professionnel (première expérience sur le CV, travailler en développement international, connaître de nouvels enjeux, expérience dans un domaine précis, etc.)

Voyager demeure une motivation secondaire même si l’expérience de voyage et la découverte d’autres cultures peuvent être vécues et appréciées pleinement. J’ai aussi découvert, avec un certain étonnement, qu’il était très difficile de recruter de jeunes bénévoles et d’atteindre les cibles annuelles de recrutement, et qu’une fois sur place, la gestion des bénévoles est très compliquée du fait de leur manque de préparation et d’adaptation culturelle.

Tout le monde n’est pas fait ou outillé pour faire du volontariat pour une durée relativement longue dans un coin du monde qu’il n’a jamais visité, avec ses codes culturels étrangers à son vécu et des conditions différentes de ce dont il/elle est habitué. Néanmoins, ceux et celles qui y sont préparés ou adaptés font souvent un travail admirable et en reviennent contents de leurs expériences.

Il n’est pas nécessaire de voyager à l’autre bout du monde pour faire du bénévolat

 

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Si je dois conclure par une, c’est peut-être la moralité de l’histoire. Il n’est pas nécessaire de voyager à l’autre bout du monde pour faire du bénévolat. Tout le monde en fait quotidiennement à sa manière et selon ses resources. Avec ses enfants, ses parents, sa famille, sa communauté, les étrangers auxquels il ou elle sourit ou se montre courtois(e), en se montrant solidaire avec une cause proche ou éloignée en y consacrant du temps et des resources.

Le bénévolat est dans nos actions de tous les jours, souvent sans qu’on le rationalise. Dans certaines sociétés, il est plus organisé comme mécanisme de solidarité, y compris nord/sud selon la division en court. Dans d’autres, il est plus mécanique, faisant partie des rapports sociaux.

Je ne suis, personnellement, pas incliné à l’intégrer à une entreprise touristique. C’est de nature à le pervertir, le mercantiliser, le réifier et le transformer en un bien transactionnel. Quand le(a) touriste paie pour l’intégrer à son voyage, il n’est plus un(e) bénévole, mais un client qui demande satisfaction. Quand, davantage, le(a) n’est pas préparé ou outillé pour sa mission, il (elle) se transforme en fardeau pour la communauté qui le(a) reçoit.

 

Globetrotteuse et blogueuse marocaine. Je partage sur cet espace mon expérience personnelle du voyage, sa préparation, ses innombrables plaisirs, ses couacs et surtout comment il me permet d'apprendre, d'échanger et d’évoluer.

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