Un an de voyage en Amérique Latine, le bilan.

Patagonie, Chili - Le Trek W au parc national Torres del Paine: Récit et conseils

Après plus de 2 mois de la fin de cette première étape de mes voyages, une année entière à sillonner les route de l’Amérique Latine, je me pose enfin pour réfléchir et écrire le fameux “bilan”.

Pour être tout à fait honnête je ne sais pas comment organiser un tél article, comme je n’avais pas trop organisé le voyage lui-même. Jusqu’au dernier jour du voyage je m’étais laissée guider par l’intuition, le hasard et les rencontres, et je pense que je ferais de même dans cet article. Soyez indulgents si je me perds et que je finisse par vous perdre en chemin.

Depuis mon retour donc on m’a souvent posé la question “alors? c’était comment?” et je répondais à chaque fois “bien”, de quoi laisser beaucoup de personnes sur leur faim avant d’essayer de me rattraper avec un ton désespéré et désespérant à la fois  “mais je ne peux pas raconter une année aussi intense de ma vie en 5 mins”.

J’ai essayé de le faire dans une vidéo récap tout de même, allez 3:46 pour un an en Amérique Latine…Non, ce n’est pas vraiment ça non plus.

Essayons alors autre chose.

Parlons chiffres…

Kilomètres parcourus: beaucoup, mais désolée je n’ai pas compté. Je partage avec vous tout de même mon trajet final. Ne riez pas trop! 🙂

Maroc – Miami – Nicaragua – Costa Rica – Panama – Colombie – Equateur – Galapagos – Pérou – Argentine – Antarctique – Argentine – Chile – Argentine – Pérou – Bolivie – Pérou – Colombie – Equateur – Cuba – Pérou – Brésil – Maroc

Heures passées dans les transports: énormément, mais là aussi je n’ai pas vraiment compté, même si j’ai désormais un convertisseur automatique dans la tête. Je converti n’importe quel trajet  en heures de bus en deux trois mouvements.

Ceci dit, de ces innombrables heures passées dans les transports, je me rappelle surtout des gens rencontrés, des rêveries, des textes écrits, des séances de sommeil plus semblables à un coma qu’autre chose, et de quelques intenses discussions avec des arbres aperçus à la va vite à travers une vitre mais qui ont choisi de m’accompagner sur une partie du chemin.  Eh ben non, les arbres toujours ancrés au même endroit c’est pas vrai!

Nombres de nuits dans un lit, à la belle étoile, sur une plage, dans une tente, un hamac, un aéroport, un bateau ou un bus…peut importe, elles étaient faites de rêves fous, littéralement, comme celui qui m’a poussé à repartir à Quito chercher son bel inconnu, de sommeil par intermittence, comme sur le Ocean Nova m’emmenant vers l’Antarctique,  de tentatives de sommeil coincée entre deux hamacs comme sur la descente de l’Amazone, ou tout simplement des nuits de ce sommeil doux et insoucieux des conditions que je lui inflige car il se suffit d’un coeur libre et d’un esprit léger.

Argent dépensé: Au final le montant importe peu…ok, pour ceux qui s’y intéressent je ferais un petit récapitulatif des dépenses très prochainement, et oui, ça j’ai bien compté 😉

Mais sérieusement ça importe peu. Ce que j’ai vécu n’a absolument pas de prix. J’aurais pu dépenser moins ou plus, ça aurait pu impacter mon voyage d’une manière ou d’une autre, mais je garde la certitude que l’argent seul ne fait pas le voyage, loin, très loin de là!

Pas encore réussi à raconter cette année? Vous n’êtes toujours pas convaincu(e)s? Allez, il faut me donner une autre chance.

Et si j’essayais de répondre aux questions essentielles? “Est-ce que ce voyage a fini par me changer?” ,“Quels étaient les moments forts?”, “Quelles étaient les difficultés du voyage? Et les ressources que je me suis découverte en chemin?” , “Ceux que je n’oublierais pas?”, “Les moments d’émerveillement?”, “Et si c’était à refaire?”, …

Là encore je ne sais guère par où commencer. C’est un exercice vraiment difficile surtout lorsqu’on a une mémoire défaillante et une tendance à changer de chemin et de flux d’idées au gré de ses pérégrinations. Je vais donc répondre aux questions ci-haut en commençant par les plus faciles.

Note à moi-même: la prochaine fois écris les questions dans l’ordre auquel tu pense y répondre et épargne au lecteur le voyage forcé dans tes idées désordonnées.

Les moments d’émerveillement?

Devant le coucher du soleil à San Juan del Sur au Nicaragua.

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Encore dans mon premier mois de voyage mais déjà la première tentative de me perdre, de m’affranchir complètement des impératifs de planification ou du temps imparti à tel ou tel pays. J’avais décidé de rester une semaine dans cet endroit réputé être le fief des surfeurs, des hippies et autres fêtards au Nicaragua. Je voulais rester car je me sentais mal à l’aise, pas dans mon élément naturel, trop coincée pour être plus claire. Après une semaine à regarder tous les jours le même coucher du soleil sur la même plage, je ne sais pas si je m’étais décoincée ou juste ennuyée mais j’ai quitté San Juan avec dans le coeur quelques sentiments nouveaux, de la légèreté, un sentiment de liberté et une âme émerveillée par toutes ces belles couleurs que le soleil peut nous imprimer dans coeur avant de disparaitre à l’horizon.

En naviguant au milieu des 365 iles San Blas au Panama. 

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Une eau turquoise parsemée de petites îles, certaines vides, d’autres habitées par une seule famille avec comme seule compagnie celle des cocotiers…

Cet endroit paradisiaque forcerait les plus enhardis à de l’émerveillement.

Les plages de Tayrona après quelques heures à marcher dans la forêt. 

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Même en ayant vu les photos avant d’y aller, après quelques heures de marche dans la forêt en portant son équipements et les victuailles de 3 jours, on n’est frappé de plein fouet à la vu de la mer et des longues plages de sable blanc qui s’étalent sous nos yeux. Tayrona, visitée deux fois, émerveillée doublement.

En touchant la plante La Macarena Clavirgera de Cano Cristales.

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Douce, délicate, chatoyante et aux multiples couleurs. J’ai bien entendu,  comme tous les visiteurs du parc Cano Cristales au fin fond de la Colombie, sorti un grand “WOW” à la vue de la rivière aux 5 couleurs pour la première fois, mais c’est bien au moment de toucher cette plante endémique qui donne ses couleurs à la rivière que j’ai vécu un moment d’émerveillement unique, inoubliable.

Les Galapagos, depuis le début jusqu’a la fin!

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A chaque découverte d’un nouvel animal; un blue footed booby, un phoque, une iguane marine, une tortue, un lion de mer, un requin, un dauphin, une baleine, un pélican, un lézard coloré, les innombrables oiseaux et cette multitude de créatures marines dont je ne me rappelle pas les noms. A chaque plongée, snorkling, rando, visite de plage, tour dans le zodiac. A chaque moment, pendant les deux semaines passées aux Galapagos, je n’ai senti que de l’émerveillement au continu. Les Galapagos, un monde tellement beau, tellement différent, qu’il vous laisse un goût de voyage en dehors du temps, aux origines même de la création.

Au site de Kuelap l’autre Machu Picchu au nord du Pérou

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On m’en avait parlé avant et pour être honnête il se trouvait juste sur ma route. Je n’avais pas prévu le voyage long et difficile dans un nord péruvien réputé bien dangereux que pour ce site, mais une fois sur place, je ne pouvais qu’être émerveillée par l’histoire du peuple Chachapoyas, les combattants des nuages, et la majesté de Kuelap, ce leg qu’ils ont laissé à l’humanité, perché en haut d’une montagne à 3000 m d’altitude, en témoignage de leur courage et de leur persévérance.

Le Machu Picchu vu de 3082 m d’altitude, de la montagne homonyme 

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C’était dur, très dur, de monter les innombrables marches sur le chemin Inca menant au sommet de la montage Machu Picchu, non pas celle où se situe le fameux site du même nom mais celle qui le surplombe ainsi que tout la vallée.

Après deux heures d’effort et de sueur, la délivrance et un beau moment d’émerveillement. Si le Machu Picchu est un magnifique site, essayez de le voir de très haut, de très loin, c’est un petit bijou jalousement gardé dans un écrin de montagnes.

L’antarctique du début jusqu’à la fin aussi (on ne compte pas la traversée hein?!)

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Du blanc neige à perte de vue, des icebergs plus étonnants les uns que les autres et des manchots qui font leur petits ou grands bouts de chemins sans vraiment se soucier de notre présence. 4 jours à visiter deux endroits différents chaque jours, à découvrir des paysages féériques et à ricaner en voyant se chamailler des manchots ou se balader pépères des baleines entre les icebergs. Du silence, du vent, du blanc et une âme qui s’émerveille de cette beauté sans pareille.

Sur les sentiers du parc Torres Del Paine au Chile. 

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64 km à pieds et autant de km d’émerveillement. Des lacs turquoises et des montagnes enneigées, des sentiers qui révèlent des glaciers trônant au loin entre deux montagnes et une joie de vivre ces moment d’intimité avec la nature.

J’ai chanté et dansé sur les chemin du W, en essayant de garder en mémoire chaque détail de chaque instant.

Toutes les 5 mins sur la route des 7 lacs en Argentine.

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Deux jours sillonnant la route des 7 lacs en roadtrip, en cercle entre Bariloche et San Martin de Los Andes, est ce qu’il faut pour une dose concentrée d’émerveillement. Les lacs, les cascades, les montagnes vertes, le chocolat et la douceur de vie à San Martin, les fous rires et les pauses “viens on dance sur le bord de la route”, que de magnifiques souvenirs à jamais gravés dans ma mémoire.

Dans le Salar d’Uyuni et le desert de Sud Lipez en Bolivie.

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Un paysage lunaire en plein milieu de nulle part. Un desert de sel entouré d’un autre de rochers et de montagnes culminants à plus de 5000 metres. Aucune végétation, si ce n’est quelques buissons autour de lagunes colorées et habitées par des flamants roses. Et la nuit un ciel éclairé par des milliards d’étoiles étincelantes. Un monde autre. Un monde d’émerveillement.

Sous les chutes d’Iguazu au Brésil et en Argentine.

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Depuis cette visite aux chutes d’Iguazu je suis convaincue que les gouttes d’eau portent en elles un des ingrédients fondamentaux du bonheur. Des journées à se balader entre les cascades, à se laisser se mouiller jusqu’aux os avec l’insouciance d’un enfant en plein jeu, et surtout à s’émerveiller de ces 275 cascades, certaines coulant doucement en se faisant caresser par les arcs en ciels et d’autres se déchaînant comme un hurlement de la gorge d’un diable. De purs moments de bonheur.

En descendant le fleuve Amazone au Brésil. 

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Une semaine au total à vivre au gré du paysage qui change mais reste le même. Une imposante jungle que tu vois au loin comme un seul être uniforme mais où chaque entité est unique, à l’image même de la Terre. Une beauté sauvage bercée par la force d’une rivière aux allures calmes mais aux tréfonds regorgeant de mouvement et de vie.

Et puis ces brésiliens qui s’entassent les uns sur les autres dans des hamacs interposés. Ces gens qui vivent ensemble dans un espace aussi réduit qu’un bateau traditionnel d’Amazonie pendant des jours, en partageant leurs histoires, leurs nourritures et des soirées à écouter de la music Foro.

Et moi, souvent seule étrangère sur le trajet, ne parlant que peu le portugais, mais qui ne cesse de recevoir attention et sourires. L’Homme, la jungle et la rivière, le trio de mon ultime émerveillement.

Les moments forts?

Ces moments qui risquent de me marquer à vie…

La première fois où j’étais perdue et désespérée

Je me rendais à la lagune d’Apoyo dans un chicken bus, pendant ma 2ème semaine de voyage et la première au Nicaragua. Je ne parlais pas l’espagnol et je venais de me réveiller de mes rêveries et de me poser la question fatidique “ai-je raté mon arrêt de bus?”. C’est désemparée que je commence à poser la question autour de moi “Apoyo? donde esta Apoyo?” et c’est amusés que les passagers dans le bus, tous des locaux, essayaient de me rassurer avec des phrases intelligibles et de grands sourires. J’ai compris que tout allait bien se passer et j’ai vécu ma première grande émotion du voyage, avec le constat qui ne me quittait plus depuis “Perds toi autant que tu peux, c’est ça le voyage”.

Quand j’ai pleuré sous la pluie en regardant une tortue géante pondre ses oeufs 

Les larmes m’ont surpris moi-même, au point où je m’étais demandée si ce n’était pas juste la pluie qui s’était infiltrée dans mes yeux pour ressortir plus salée. Il pleuvait des trompes sur cette plage vide de Tortuguero au Costa Rica et avec mes compères on regardait depuis plus d’une heure, sous une lumière infra rouge, une tortue marine géante creuser son trou pour pondre ses oeufs. Elle avait fini de pondre ses petites boules de ping-pong dans le trou géant creusé lentement mais surement et puis…elle s’est assoupie, fatiguée, n’en pouvant plus. Et moi j’ai pleuré…

Au moment de quitter Cano Cristales et mes amis de La Macarena

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“Reviens, mais ne reviens pas seule. Si tu reviens seule on te marie et on te garde ici pour toujours”. C’étaient les dernières paroles de Fernando quand il me disait au-revoir au petit aéroport du Village La Macarena.

J’avais vécu avec sa petite famille, sa femme Doris et ses enfants, pendant une semaine et c’était bien la première fois que je me sentais en famille depuis mon départ. La famille, que dis-je, le village entier, m’avait adopté. La marroqui comme on m’appelait trouvait toutes les portes ouvertes devant elle, et les coeurs encore plus.

Je suis partie en me tirant de force vers l’avion qui me ramenait à Bogota, en pleurant comme lorsque j’avais fais mes adieux à ma famille en quittant le Maroc. Je ne voulais pas partir mais je m’étais fais la promesse de revenir un jour rendre visite à ma famille et mes amis colombiens…et de préférence pas seule.

Ma rencontre avec l’Ayahuasca

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J’y avais consacré un long article deux jours après ma plus belle et plus intense cérémonie. Depuis j’ai eu la chance de la rencontrer souvent, une autre cérémonie au Pérou avec le même chaman, une cérémonie Santo Daime dans une église au Brésil accompagnée cette fois de mes amis de Source Temple, mais aussi et surtout au quotidien. Depuis la première rencontre l’Ayahuasca ne m’a jamais vraiment quitté, dans les rêves ou les visions éveillées, dans les rêveries et les méditations, dans les moments difficiles et les autres très joyeux. Une rencontre qui a boulversé ma vie et continue de le faire.

La vue de l’Antarctique au loin

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Ce fut comme une apparition! J’avais  trimé, allongée dans mon lit avec un estomac barbouillé même vide,  pendant 3 jours qu’avait duré la traversée d’une mer déchainée, d’un passage Drake des plus effrayant en attendant ce moment; Voir mon rêve d’Antarctique se réaliser enfin.

Aux premières heures du 4ème jour la mer était calme et le bateau voguait avec une douceur et une légèreté nouvelle. J’avais couru vers le pont supérieur, j’étais seule et observais l’horizon avec des yeux avides. Des icebergs se profilaient au loin et la péninsule antarctique pointait enfin du nez. J’ai crié de joie et je pense bien que j’ai ravalé quelques larmes de bonheur en essayant de faire bonne impression quand les autres passagers commençaient à affluer à leur tour sur le pont pour commencer enfin un des plus beaux voyages de leurs vies.

Le jour le plus long: refoulement aux frontières, risque de viol et autres mésaventures

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Un jour qui commença à 4 heures du matin pour visiter les geysers du Sud Lipez en Bolivie avant de se rendre à la frontière avec le Chile et qui ne se termina que tard le soir, dans un refuge à deux heures de marche de cette même frontière, mais à l’intérieur de Sud Lipez toujours en Bolivie…

Entre le début et la fin de la journée, j’étais refoulée aux frontières chiliennes d’Atacama, déportée à la frontière bolivienne et j’ai esquivé une possibilité de viol, marché avec toutes mes affaires pendant deux heures dans un des deserts des plus hostiles au monde en suivant les traces des pneus de 4×4 touristiques, rencontré deux hommes armés et cagoulés et enfin négociant une nuit de refuge avec deux enfants.

Une journée sans pareille, qui au lieu de me pousser à quitter l’Amérique Latine, comme je l’avais déjà prévu, vers l’Australie, m’a fait, et sur de l’intuition pure, changer tous mes plans de tour du monde pour rester toute l’année en Amérique Latine.

Le meilleur était encore à venir…Et il est venu!

Ma déclaration d’amour à un étranger…et sa fuite 

“Operation Fernando” voici comment plusieurs voyageurs rencontrés sur la route entre Medellin en Colombie et Quito en équateur se rappelleront de ce chapitre de mon voyage. Ils étaient nombreux à rire aux éclats en écoutant cette histoire rocambolesque “J’ai rêvé d’un nain qui me disait d’aller voir Fernando de Quito, et donc je vais à Quito. C’est mon chemin? Non, je comptais partir au Mexique et ensuite à Cuba”.

J’ai rencontré Fernando, j’ai fais ma declaration, il a fuit, je suis partie faire du volontariat chez une adorable famille Kishwa au nord de l’Ecuateur, j’ai attrapé les puces du chien, je suis partie à Cuba. J’ai fini par apprendre énormément de choses, sur moi, l’amour et la liberté!

La première nuit dans la jungle amazonienne 

A la première vue de l’avion survolant Manaus, j’étais conquise, je me sentais chez moi, dans mon élément naturel. Oui, moi, cette même personne partie en voyage il y a 10 mois avec une phobie des…abeilles. Cette même personne qui ne pouvait considérer sa vie qu’en environnement urbain et qui détestait toutes les créatures de taille plus petite qu’un chat.

En arrivant dans la jungle je me suis retrouvée à placer mon hamac et à faire du feu comme si c’était la chose la plus naturelle au monde. Les moustiques? Le fait que je ne prenne aucun médicament Anti-paludisme et que je n’ai pas d’anti-moustiques? Qu’à cela ne tienne. On s’en accommode!

Cette première nuit était magique. Les chants de la jungle, les lumières du ciel et la sensation de ne faire enfin qu’un avec la nature. Le lendemain j’avais demandé à la rivière d’emporter mes douleurs de règles survenus la veille (ah oui les règles en voyage et dans la jungle, quelle histoire!), et elle a exaucé ma prière. Douleur disparue depuis. C’est dire que la jungle a des vertus qu’on ne lui attribue pas nécessairement.

Le jour où j’ai quitté La Havane

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Je me baladais pour une dernière fois dans rues de la vielle Havane quand quelque émotion subite s’est déclenchée et je me suis retrouvée en larmes.

Cuba était difficile, mais les 3 semaines que j’y ai passé étaient au final des plus enrichissant. Un apprentissage de la vie au quotidien. De la liberté de faire son chemin de bonheur quelques soient les conditions dans lesquelles nous évoluons.

Un séjour qui a fini par me rassurer par rapport à l’avenir en me montrant comment m’y prendre: “oublie hier et ne pense plus à demain. Vis aujourd’hui et tu seras comblée. Ne cherche surtout pas à connaitre la source de ton bonheur, à essayer de le reproduire avec du rationnel. Il est là, profites-en, c’est tout ce qui compte.”

Mazagao, sur les traces d’une belle épopée

Ils avaient quitté, forcés, ma ville natale, El Jadida, il y a quelques 276 ans pour aller s’installer en plein milieux de la jungle amazonienne. Ces portugais qui avaient fondé et habité le port portugais Mazagan sur la côté atlantique marocaine, et qui sont devenus brésiliens depuis que ce grand pays n’est plus une colonie.

De Mazagao Velho, la ville fondée par ces réfugiés d’un autre siècle, ne reste que des ruines et un cimetière devant lequel on peut identifier un drapeau marocain enlaçant un autre brésilien. Un petit village de maisons en bois est toujours là, ainsi que d’irréductibles descendants des premiers immigrés ne voulant pas quitter leur terre malgré les difficultés pour y accéder et y vivre.

J’ai rêvé ce voyage depuis longtemps et j’étais déterminée à le realiser malgré les dissuasions de mes amis brésiliens “c’est trop loin, dangereux!”. En arrivant sur place et en me présentant à la première personne rencontrée “Je suis du Maroc” les coeurs se sont subitement ouverts et les sourires ainsi que les questions ont commencé à pleuvoir “connais-tu El Jadida?”, “Parles nous de sa forteresse…”. C’était émouvant de voir à quel point ces brésiliens qui ont élu domicile dans la jungle amazonienne pensent encore à leur ville d’origine, comment ils jubilent à l’idée que le périple de leurs ancêtre peut aujourd’hui être fait avec la facilité qu’aurait une femme voyageant seule avec un sac à dos.

Si j’ai encore un rêve lié à cette belle épopée c’est de pouvoir un jour aider mes amis de Mazagao à visiter la ville de leur ancêtres, la mienne, El Jadida. Je suis certaine que le voyage en chemin inverse serait tout aussi beau.

Le jour où je me suis convaincue de rentrer

Acheter mon billet retour s’est fait dans la douleur, même si j’étais déjà quelque part en paix avec la decision de rentrer. Je me regardais résister et me consolais “vas-y, tu sais que ce ne sera pas la fin du voyage, le plus important des voyages, celui que tu entreprend en toi-même. Si tu dois reprendre un travail dans un bureau tu le feras et si c’est le chemin du voyage que tu devrais emprunter tu le suivra”

Quelques jours avant de me diriger vers l’agence de voyage pour acheter ce billet, j’avais escaladé un roché à Itacoatiara. J’ai vécu pendant cette journée les frayeurs de la descente, et j’avais en même temps appris à apprécier le chemin inverse, le plus dur, la route de celui qui revient de voyage.

Un volontariat pas comme les autres à Source Temple

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Me retrouver à 3 semaines de la fin de ce voyage à Source Temple était une aubaine. C’est comme si le voyage m’offrait l’opportunité de faire déjà le bilan de mon voyage intérieur durant cette année sur le chemin: l’amour, tout est Amour!

Je me suis retrouvée avec des personnes qui n’avaient besoin d’aucune raison pour m’aimer, ou aimer n’importe quelle autre personne. Qui montraient au quotidien que l’Amour est possible, qu’il est là, et qu’il ne nous quitte jamais.

J’ai pu méditer, travailler, rire, aimer…sans me poser aucune limite. Les doutes s’envolaient et les peurs du lendemain disparaissaient comme par magie.

Un endroit et une expérience qui m’ont tout simplement appris que je suis réellement le créateur de ma vie et que j’avais le choix d’en faire une quête pour retrouver l’unicité avec Dieu ou une ballade vaine dans un monde de rêves.

Et j’ai choisi.

Il y a eu un moment, une semaine après mon depart de Source Temple, et qui coïncidait avec mon dernier jour de voyage, où je devais faire 3 voeux. Les 3 étaient les mêmes “Je veux retrouver Dieu”…le reste n’est que le chemin.

Les difficultés du voyage?

J’ai appris, pas après pas, jour après jour, qu’il y en avait aucune. Que les difficultés qui se présentent n’étaient que représentations de l’esprit, des manifestations de mes peurs et mes doutes, et qu’il suffisait de me débarrasser de la peur, en la remplaçant pour l’amour, pour ne trouver que facilité après l’autre.

Une amie m’avait dit après presque 2 mois du début du voyage ceci “c’est incroyable cette facilité que as de gérer le voyage, on dirait que tu as toujours fais ça”. ça m’avait étonné à l’époque, alors que j’étais encore remplie de doutes, alors je pataugeais entre mon envie de me perdre et mon obsession du contrôle. Et pourtant elle avait vu ce que je ne voyais pas encore, ma determination à aller jusqu’au bout…dans ce tour de moi-même, quelques soient les difficultés que je pourrais rencontrer. Elle avait vu quelque part, peut être à travers des yeux rêveurs ou un sourire insouciant, ce que mon âme essayait de me faire comprendre depuis toujours “Laisse toi aller. Je m’occupe de tout, des desseins et des chemins. Occupe toi de vivre”

Et les ressources que je me suis découverte en chemin?

Les rencontres. Si je dois citer une ressource que j’ai utilisé pendant ce voyage, ça serait bien les rencontres. Ce n’étais pas nécessairement une découverte, je soupçonnais son existence mais je n’ai jamais vraiment eu à l’apprécier et à évaluer son importance autant que pendant le voyage.

Je ne suis certainement pas celle qui deviendrait amie avec tout le monde dans un hostel ou dans un village. J’ai été maintes fois “la fille silencieuse, qui mange et sors seule”, très souvent même. Je me laissais aller à écouter mon instinct et à respecter mon besoin de solitude, d’être avec moi-même.

Mais alors les amis que je me suis faite en chemin ou ces étrangers avec qui je n’ai gardé aucun contact mais qui m’ont pris sous leurs ailes, ceux qui se sont manifestés pour me protéger, m’aider, me faire dancer ou simplement m’indiquer un chemin que je ne comptais pas prendre, ceux là resteront pour toujours la meilleure partie du voyage, ma ressource, la manifestation de mon amour. Ceux que je n’oublierais jamais!

Après, je dois tout de même avouer qu’en tant que marocaine, ayant vécu toute sa vie au Maroc avec ce que ça implique comme apprentissage au quotidien, j’avais plus d’un tour dans mon sac. Une petite démonstration? Les 15 avantages à être à marocain en voyage 🙂

Est-ce que ce voyage a fini par me changer?

Non. Le voyage ne m’a pas changé, il m’a ramené sur le chemin de moi-même.

Chaque jours depuis ce voyage, et même avant, depuis la première intention exprimée de changement, depuis la première prière dans un moment de pur désespoir, et qui finalement a mené à ce voyage comme moyen et non pas objectif. Depuis ce jour là, je me rends compte que je ne change pas, que je ne fais que me rapprocher, petit à petit, voyage après l’autre, rencontre après l’autre…de qui je suis!

Et si c’était à refaire?

Oui et milles fois oui. Je le referais exactement de la même manière, c’est à dire sans planifier ma route, en écoutant juste mes envies et mon intuition du moment. Ce qui reviendrait à dire que je ne ferais probablement pas le même chemin, ni le même voyage. C’est ça aussi la beauté du hasard, c’est n’avoir aucune certitude, c’est de pouvoir dire oui…mais non!

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5 Comments

  • Wow Houda, tu m’as transporté par ton récit, ton périple, ta spontanéité. Ça fait rêver tout ça, tu es une immense inspiration. Bravo pour ton courage, tu representes super bien la femme marocaine. Tres fiere de toi.

  • J’adore, j’ai adoré, du début jusqu’à la fin. Des moments que je reconnais, des moments qui me font rire, d’autres qui me font pleurer (mais de joie, de nostalgie), d’autres qui me donnent envie! Bravo, pour ton courage, ta patience, tes photos, tes idées, je te suis depuis bien longtemps, mais aujourd’hui j’ai pris le soin de lire pas mal d’articles. À quand ton retour en Amérique? le Mexique, le Guatemala, le Salvador, le Honduras, le Belize! Gros bisou à toi, bonne continuation, et pleurer devant les tortues c’est tout à fait normal XD!

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