Tortuguero, une expérience unique

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Photos de Tortuguero ici.

Ce village isolé sur la côte caraïbe du Costa Rica n’offre pas seulement une expérience authentique de la culture des caraïbes, mais aussi et surtout  l’opportunité rare de voir les tortues vertes géantes revenir sur la plage protégée du  Tortuguero National Park, pour pondre leurs oeufs. Cette expérience unique m’a procuré une de ces émotions puissantes que je suis partie chercher dans ce voyage.

Ce lundi  28 Juillet je suis partie à la station de bus Carabeños de San José sans vraiment savoir ce qui m’attend. Je ne m’étais pas documenté sur Tortuguero comme il se doit et je n’avais même pas réservé où dormir. Tout ce que je savais est que les tortues y trouvaient refuge et qu’il fallait absolument que je m’y rende vu qu’il n’y avait pas de tortues au Nicaragua quand j’y étais.

Le trajet en transports publics ( 2 bus et un  bateau) s’ est fait comme dans un shuttle privé grâce à Francesco.  Guide certifié par le Tortuguero National Park mais  freelance, il fait des allers – retours entre Tortuguero et San José en prenant en charge tout un bus de voyageurs et de locaux. Les explications fusent sur le trajet magnifique, traversant la vallée centrale du Costa Rica et ses beaux paysages,  et sur le déroulement des étapes du voyage. Il aide tout le monde sans exception, à acheter les billets du ferry ou à trouver où dormir pour ceux qui, comme moi,  voyagent un peu à l’aveuglette.

Le voyage se révèle être une jolie escapade en soi. Les vendeurs ambulant qui proposent des empanadas toutes chaudes ou des frescos, limonades et autres jus. Les passagers qui doivent descendre du bus pour la traversée d’un pont mal en point ou encore Francesco qui se lance dans une explication sur les nuances de langue entre l’espagnol d’Espagne et celui d’Amérique Latine.

Rien de surprenant pour une marocaine me diriez-vous. Nos histoires de bus se ressemblent à tout point.  Mais alors j’avais croisé Toni le catalan pendant le premier changement de bus et voir son étonnement à chaque montée d’un vendeur ambulant m’a bien amusé. Je continue à le dire, il fait bon déambuler en Amérique Centrale quand on est marocain et qu’on a essayé au moins une fois dans sa vie le bus El Jadida – Sidi Bennour 🙂

Le trajet en taxi boat qui dure une heure de navigation dans les canaux du Rio Tortuguero était par contre tout à fait nouveau pour moi et j’en ai profité pour rêvasser un bon coup en admirant la diversité de ces arbres géants qui font la forêt tropicale. Un véritable délice.

Un délice tout comme l’a été la découverte du village. En isthme entre mer et  fleuve, c’est un village charmant, en dehors du temps, qui n’a ni route ni éclairage public mais où les chiens, beaux et bien nourris, courent et jouent partout sans être surpris par le flot d’étrangers en va et vient. Pour la première fois de ma vie je me retrouve entrain de jouer avec des chiens dans la rue, et même pas peur…

Mais alors ces petites joies de la journée n’étaient rien. Le soir venu, nous sommes partis, Toni, quatre autres personnes et moi, le groupe que Francesco a réussi à rassembler,  observer les tortues. Une marche qui a duré 30 mins dans le noir, pour arriver à une sorte de meeting point où tous les guides et leurs groupes se rassemblent avant de courir chacun vers sa section. Tout est géré par le National Park pour que les touristes puissent observer les tortues géantes sans les déranger et donc en préservant la pérennité du parc lui même.

Dans l’attente que notre guide soit informé de la présence d’une tortue sur la plage et qu’il obtienne l’autorisation de nous y emmener, j’ai pu regarder longtemps la voix lactée très claire dans ce ciel sans pollution, j’ai même pu voir ma 2ème étoile filante du Costa Rica (oui je les compte par pays) mais c’était alors sans compter sur la pluie diluvienne qui a suivi. C’est alors trempée jusqu’aux os, à les essorer même, que j’ai pu poser mon premier regard sur cette beauté de la nature. La tortue était déjà entrain de faire son trou de camouflage, dernière étape du long processus, entre deux et trois heures en moyenne, de la ponte, avant de repartir vers la mer, épuisée mais probablement contentée de réussir sa mission, ou du moins c’est ainsi que j’aime l’imaginer.

Ce moment magique je ne pense jamais pouvoir l’oublier. L’eau de la pluie s’ est mélangée subitement avec des larmes. Une émotion dont je ne peux expliquer ni l’origine ni la signification, mais il me suffit de savoir que c’était un “moment” d’un bonheur intense jusqu’à en pleurer.

La première tortue étant partie, il fallait revenir vers le point de rencontre et attendre qu’une autre se présente.  Cette fois les employés du parc on donné l’alerte et voilà que tout le monde court vers la section indiquée avant d’éteindre toute lumière et de marcher sur la pointe des pieds dans le noir, interrompu de temps en temps par les éclaires de l’orage.

Avec sa torche à lumière rouge Francesco nous indique l’endroit où il faut se tenir, toujours derrière la tortue. Il se pense, relève un peu sa pâte arrière pour qu’on puisse bien voir les oeufs. Elle était encore entrain de pondre ses oeufs, boules de ping pong d’une blancheur éclatante.

Quand j’ai demandé à Francesco s’il ne la dérangeait pas en lui relevant la pâte, il m’a répondu “as-tu déjà vu une femme entrain d’accoucher? C’est tout pareil. La tortue est en trance, rien ni personne ne peut la distraire de la chose la plus importante qu’elle réalise,  pondre”.

Plusieurs groupes se relayent. Le froid n’existe plus, la pluie n’est qu’une partie du décor,  nos corps transits par des heures d’attente enveloppés dans des vêtement complètement mouillés n’existent plus. La tortue fini de pondre, une centaine d’oeufs c’est la moyenne, et on attend tous qu’elle commence à les couvrir mais elle ne bouge plus. Le guide nous explique qu’exténuée elle s’ est probablement endormie. Mais après un long moment d’attente, elle commence enfin à les couvrir, lentement, péniblement, minutieusement. Elle y met ce qui lui reste d’énergie mais le fait comme l’ont fait toutes les tortues vertes pendant des millénaires, avec une abnégation sans pareil. Elle repartira à la mer sans peut être jamais recroiser sa progéniture.

Notre temps règlementaire de 3 heures touche à sa fin et nous devions alors rentrer au village. On a pu voir deux tortues et tout le processus de la ponte jusqu’au moment de la disparition de la tortue dans les vagues tumultueuse de cet atlantique déchaîné par une nuit orageuse.

C’est un processus que les guides peuvent vous expliquer tant bien que mal mais qui se résume au final à ce moment magique, perpétuel, de création.

Mon meilleur souvenir!

PS: il est interdit de prendre des photos et des vidéos pendant l’observation et de toute manière je ne l’aurais pas fait. C’est une expérience à faire et dont l’image reste gravée dans votre memoire, telle que personne ni rien ne pourrait effacer.

Globetrotteuse et blogueuse marocaine. Je partage sur cet espace mon expérience personnelle du voyage, sa préparation, ses innombrables plaisirs, ses couacs et surtout comment il me permet d'apprendre, d'échanger et d’évoluer.

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