Ayahuasca, témoignage sur une première expérience

Je voudrais apporter ici un témoignage personnel mon expérience de l’Ayahuasca au Pérou, non que les témoignages manquent ou qu’ils valent l’expérience;  L’expérience de “Madre Ayahuasca” comme toutes celles de la vie par ailleurs varient d’une personne à une autre, d’un chemin de vie à un autre.

J’apporte donc ce témoignage pour exprimer ma profonde reconnaissance envers la plante, la Madre Ayahuasca, l’ayahuaskero et désormais ami, Éric, la médecine Amazonienne ancestrale, les amis qui m’ont accompagné par leurs pensées, leurs soins et leurs enseignements, Blaise LLorca, Carine et Christophe Allain, à mes amours  et soutients de toujours, mes amies Hasnaa et Nadia.

Je remercie surtout Dieu à qui va mon infinie gratitude pour le magnifique cadeau qu’est cette rencontre avec l’ayahuasca.

Le hasard de ma rencontre avec l’ayahuasca

Ça faisait quelques mois que j’y pense.Je n’en avais jamais entendu parlé auparavant et puis soudain plusieurs personnes m’en parlent. On m’offre un livre “L’apprentie chaman” de Carine Sombrun   , je rencontre une chaman française et je fait appel à l’esprit de la plante lors d’une méditation. Le lendemain de cette méditation j’ai eu des souvenirs enfouis d’enfance qui ont refait surface de la manière la plus claire qui soit. Des souvenirs douloureux qui m’ont aidée à comprendre une certaine colère qui n’avait  cessé de me tourmenter. C’est décidé alors, l’ayahuasca ferait parti de mon voyage en Amérique du Sud, et plus spécifiquement au Pérou.

Ne pas provoquer la rencontre de l’Ayahuasca, juste y être ouvert

J’émets le désir mais je ne m’attarde pas du tout sur les détails.  Je ne fais aucune recherche et je me contente de me dire qu’une fois le moment venu je saurais.

La chaman que j’avais rencontré moins d’un mois avant mon départ en voyage m’avait envoyé un émail avec les contacts de chamans avec qui elle travaille au Pérou. Pour une raison inconnue j’ai marqué important ce message sans jamais l’ouvrir.

L’ayahuasca faisait parti du voyage donc mais sans que je sache ni quand ni comment. Je voulais y cheminer tranquillement et y aller de toute mon intuition. On dit que lorsqu’on est prêt pour l’ayahuasca l’esprit de la plante se charge de vous ramener jusqu’à elle. Cela peut paraître naïf mais j’y ai cru et je me suis laisser guider sans l’interventionnisme et le control que pourrait exercer mon mental.

La rencontre avec Michael, le porteur du message

Et puis un jour je pars à Cano Cristales, dont j’entends parler également par pur coïncidence, et ça me marque tellement qu’en rentrant à Bogota je n’ai qu’une envie, partir directement à Quito en Équateur. A l’aéroport où mon avion de La Macarena atterrit je cherche un vol pour Quito mais on refuse de me vendre un ticket aller simple. Je désespère un peu et puis finalement je n’en fais pas un drame. Il m’a fallut ressortir de ma réflexion habituelle dans ce genre se circonstances “si ça ne veut pas se faire c’est que ça ne doit pas se faire”.

Au final, je pars  au terminal de bus et  prend le premier bus pour Salento. Le soir même je rencontre Michael.  Le courant passe, on passe notre soirée à discuter de tout et de rien et on décide de partir ensemble randonner le lendemain dans la région. Sur le chemin la discussion vire soudain sur le sujet Ayahuasca. Il venait de faire l’expérience, m’en parle plus ou moins en détails et m’indique le nom d’une ville; Tarapoto, au nord du Pérou, et celui d’un autre français…Éric.

Au moment de se dire au revoir le lendemain, Michael me tend un papier avec le contact à Tarapoto. J’ai perdu rapidement la feuille de papier ou alors je l’ai inconsciemment caché dans une tentative de résistance.

Et bien sur le doute et la résistance

Quelques semaines après je suis au Pérou et mes pieds me guident tranquillement vers Tarapoto où je met du temps à retrouver la feuille de Michael. Je passe quelques jours à chercher les traces d’un certain Éric. J’avais fouillé mon sac à dos de bout en comble mais la feuille de contact avait disparu. Le jour même ou je trouve enfin le numéro de téléphone, à travers une chaine de personnes interrogées, je tombe également sur la feuille. C’était bien tenté cette résistance, mais ma décision était faite et il n’y avait pas de point de retour. J’appelle donc’Éric et l’expérience commence…

Comme je l’avais souhaité depuis le début c’était une suite de hasards. Le hasard étant devenu pour moi depuis quelques temps déjà le chemin le plus sûr.

Avant la plante, l’ayahuaskero et la diète

Au premier contact avec Éric je savais que c’était bon. C’est bien avec lui que je veux me laisser guider par la plante. Je crois profondément que le plus important dans une expérience telle que celle là reste la confiance. La confiance en la plante, le guide et en celui ou celle qui me ferait faire le voyage, l’ayahuaskero.

La relation de confiance avec l’Ayahuasckero

Éric a gagné la mienne sans même essayer. Une première discussion et je lui racontais déjà ce qui me tourmentait.  Raconter et un peu trop dire, je n’arrivais pas à le formuler en mots et c’est sous son regard amusé que j’ai plutôt fait des dessins et des schémas presque du domaines des mathématiques. Je suis un peu ça aussi, quand il s’ agit de choses que je ne comprends pas vraiment j’essaye de les modéliser, ça me rassure…ça rassure la mentale en moi.

Mais au-delà  de son rôle de chaman, j’ai profondément apprécié en Éric l’humain, son sens de l’écoute et de la responsabilité, sa grande soif d’apprendre et d’enseigner, et surtout le fait qu’il n’a pas ménagé ses efforts pour m’apprendre  durant les trois semaines que j’ai passé à Tarapoto, comment cheminer tranquillement, avec sensibilité et coeur ouvert vers ma grande rencontre avec l’ayahuasca.

Éric, shaman et confident

Éric a une histoire intéressante. Elle ressemble probablement à celles de beaucoup d’occidentaux qui ont découvert la médecine Amazonienne et ont choisi le chemin, long et dur,  de l’apprentissage.

Il est parti il y a 8  ans au Pérou pour le besoin de s’ y faire soigner par la médecine ancestrale Amazonienne. Il avait atterrit initialement à Iquitos où il avait debuté son initiation avec le même chaman que celui Carine Sombrun pendant un an et demi. Puis il a travaillé avec un autre chaman toujours à Iquitos pendant un an et demi avant de  partir six mois en Equateur pour travailler avec un maestro Shuar. Il  s’installe ensuite à Tarapoto, connue aussi pour ses curanderos mais surtout pour être moins portée sur “le tourisme chamanique” comme l’est le cas à Iquitos.

A Tarapoto Eric apprend depuis déjà 5 ans avec son Maestro Don Luchó, 86  ans et son ami et maestro Wagner, la quarantaine. Éric fait appel à leurs présence, par l’esprit, en cérémonie, car c’est ainsi, le chamanisme est un processus d’apprentissage continu et un maître de cérémonie voue toujours le plus grand respect à son ou ses maestros et demande leur assistance.

La diète avant la cérémonie d’Ayahuasca

Il faut savoir que dans la tradition, pas n’importe qui peut prendre l’ayahuasca. On recommande un minimum de stabilité psychologique. Il est surtout primordial de veiller à préparer son corps pour recevoir la plante. Ce qu’on appelle la diète.

Cette diète consiste globalement à ne consommer que des produits naturels.  Il faut proscrire le sucre ajouté, les viandes rouges, l’alcool, et le sexe ou la masturbation. Ceci pour une certaine période de temps avant, pendant et après la cérémonie. Pendant les jours de cérémonies s’ ajoute le fait qu’on a le droit qu’à un seul repas, celui du matin.

J’en parle ici à titre indicatif.  Un chaman responsable n’omettera pas d’en parler avec menus détails. La diète fait partie intégrante du processus de guérison. D’ailleurs, les accidents sont souvent dus à un non respect de la diète.

Il est aussi important de veiller à soigner ses fréquentations, de personnes ou d’endroits, lors de la diète.  Principalement les jours de cérémonies . Je l’ai expérimenté lors d’une visite en ville le lendemain d’une cérémonie d’ayahuasca. En terme d’énergie et de fatigue ressentie en rentrant à la maison je peux vous dire que ce n’était pas glorieux.

Les premiers pas

Après la première rencontre avec Éric j’ai rapidement déménagé dans l’auberge où il habite à Villa Autonoma.  Une sorte de village géré indépendamment par ses habitants en dehors de Tarapoto . C’est à proprement dire une jolie  maison avec 7 habitations, entre studios et chambres, donnant toutes sur un beau jardin. Tous les locataires sont là pour une longue période sauf moi.  L’ambiance est faite de calme, respect de l’autre et de son espace personnel. Ça en fait une agréable atmosphère de bonne entente entre tous.

Se préparer mentalement pour la rencontre avec l’Ayahuasca

Au premier jour Éric me présente les plantes de la maison. Je les touche, les hume et m’installe dans un petit chez moi qui le sera pendant trois semaines.

Cette première semaine était principalement faite de diète, de lecture et d’écriture, des moments précieux avec moi même.  J’ai ré-appris doucement à ne pas faire grand chose physiquement et à voyager seulement par l’esprit.

Et quand je n’étais pas seule c’était pour discuter avec Éric. Je mangeais avec lui ainsi qu’avec Ronald et Ilka. Ces derniers sont un adorable couple d’allemands installés là pour plusieurs mois.  On partait tous au restaurant végétarien à Tarapoto.  J’aimais aussi, tout particulièrement, les petites balades avec Éric en moto.

Et le lieu des cérémonies

Une de ces ballades nous a emmené justement à l’endroit où se dérouleront les cérémonies pendant les semaines qui suivent.  La chacra (campagne en espagnol) est un terrain en coline à 30 mins de Tarapoto. Eric l’avait  amenagé avec son associé Don Larry pour les cérémonies d’ayahuasca d’abord.  Leur projet est d’en faire, par la suite, un espace thérapeutique. Eric voulait un centre où il serait possible de s’ installer en isolement pour dieter des plantes médicinales.

On y trouve pour le moment une grande cabane avec un étage pour y dormir après les cérémonies.  Il y a évidement beaucoup d’arbres et des plantes médicinales pour lesquels Éric porte un soin particulier.

A ma première visite le lieu m’était déjà  vraiment agréable, intuition qui s’ est confirmée au fur et à mesure que les cérémonies se suivaient.

Une semaine pour vivre au présent donc et m’ouvrir petit à petit à ce cheminement vers l’ayahuasca.

D’abord des cérémonies d’autres plantes

Assis autour de sa table à manger, son agenda dans les mains, Éric me proposait  le plan des cérémonies.  Un début tout en douceur avec un bain de plantes d’abord. Une cérémonie purge de tabac pour un nettoyage et profondeur ensuite. Et finalement une cérémonie d’ayahuasca. On devait décider de la suite seulement après cette première cérémonie.

Ainsi soit-il!

Des bains de plantes pour se détendre

Le bain de plantes, préparé comme une infusion de plantes dans une eau solarisée, étaient revivifiant en terme d’énergie. Les icaros  sont des chants sacrés, traditionnellement en Quechua,  qui accompagnent les cérémonies d’Ayahuasca ou d’autres plantes.  Il fallait se laisser sécher au soleil complètement avant de se laver à l’eau. J’etait dans un état de bien être et de relaxation tellement agréable que je n’ai pu m’empêcher de faire une sieste avant de me laver.

Les purges de tabac, du nettoyage en profondeur

La purge au tabac quant à elle était un peu plus “physique”. La cérémonie se passait à la chacra en journée  alors que celle de l’ayahuasca se passe de nuit.  Les rituels sont aussi presque les mêmes. Éric prépare les liquides en chantant des icaros. Il y souffle du tabac en fumée. Ensuite, il me souffle du tabac sur le corps ainsi que des parfums naturels de protection. Il fait la même chose sur  le lieu et sur lui même avant de commencer à chanter les Icaros.

Ce que je bois? Deux  litres et demi  de tabac et autant d’eau. L’effet est immédiat et peut être éprouvant. C’esr une puege et on y vomi systématiquement mais l’essentiel est de savoir ce qu’on vomi. Autant je vomissait sans trop savoir pendant cette première purge, autant j’ai appris à travailler avec le tabac lors de ma deuxième purge quelques jours plus tard .  C’est une plante maîtresse très puissante.

Après les deux purges l’effet était impressionnant; profondément soulagée et aérienne mais  surtout avec beaucoup d’ordre dans les idées.

Le tabac est une plante qui recentre et re-ordonne et je parle évidement ici de feuilles de tabac naturel.

Pendant ce séjour je me suis découverte une véritable affinité avec la plante du tabac. Je l’aurais eu en boisson pendant les purge.  Ke l’ai fumé en mapatcho – une sorte de cigario Amazonien fait de feuilles séchées naturellement et roulées dans du papier “de photocopie”. Je l’ai eu en bain avant ma dernière session d’ayahuasca. L’ai inhalé par les narines pendant cette même session afin d’augmenter les facultés de visions (les chamans le prennent ainsi avant le début des cérémonies ayahuasca).

Autant dire que c’est une plante qui me va très bien.  Elle remet systématiquement de l’ordre dans mon esprit embrouillé et me permet de reprendre pieds après les sessions d’ayahuasca.

Première cérémonie d’Ayahuasca

Et des cérémonies d’ayahuasca j’en ai eu 3 au total. C’etait un chiffre que j’avais en tête bien avant de partir à Tarapoto. Éric m’a confirmé que c’était un classique.  Lui ainsi que son Maestro fonctionne également avec un cycle de trois.

Pendant ma première cérémonie je n’ai eu aucune vision mais je suis partie aux toilettes plusieurs fois. Et j’ai surtout passé une session et les heures qui ont suivi à être extrêmement en colère contre moi même. J’avais l’impression que je me suis complètement fermée à la plante et que je ne lachais pas prise. Ce qui était vrai quelque part sauf que cette colère était inutile. Il fallait que la relation prenne son temps tout simplement. Ceci dit je sentais pendant les jours qui ont suivi que ça travaillait en moi, subtilement. Je continuais de rêver énormément.  Je dormais  surtout presque tout le temps et j’étais complètement déboussolée.

Après avoir fait le point 3 jours plus tard on décide avec Éric de refaire une purge au tabac. Ça serait donc la deuxième.  Ça a eu un bien fait énorme. Mes pensées sont plus claires et mes rêves aussi.

Deuxième cérémonie d’Ayahuasca

Ma deuxième cérémonie d’ayahuasca fut une grande surprise…

Lâcher prise

J’avais médité avant cette session. Je m’étais relaxée considérablement et travaillé sur mon lâcher prise. Pourtant,  j’y suis allée un peu stressée, encore  affectée par ma première expérience et les résidus de ma colère.

Pendant la cérémonie mon inquiétude avait duré pendant un bon moment alors qu’Eric continuait à chanter les Icaros. J’ai continué à essayer de me relaxer, jusqu’au moment où je commençais à voir une peau de serpent.  J’ai alors vu une image et en une information clé. C’était lié justement au problème personnel sur lequel je voulais travailler.

Éric me demandait comme à son habitude si je ressens le besoin de reprendre de l’ayahuasca et je répond que non, que je n’avais pas vraiment de visions mais que j’ai une information importante.

La cérémonie se termine ainsi après d’autres icaros et le rituel habituel d’Icaros de protection de travail.

L’orgasme de l’Ayahuasca

On refait le feu et on s’installe pour discuter tranquillement de ce qui s’ est passé pendant la cérémonie. Je raconte à Éric l’information. On en parle longuement lorsque je sens subitement que quelque chose en mon ventre m’étrangle de l’intérieur. Il fallait que je vomisse et je n’y arrivais pas. C’était ma première épreuve difficile dans tout ce processus.

Éric a du me préparer le peu de tabac liquide qu’il avait, en chantant des Icaros, pour m’aider à vomir.

Et j’ai enfin réussi à le faire après de longs moments de souffrance, de pleurs et de cris de douleurs. Je l’ai fait aussi, étrangement, avec des crises de fous-rires et…un orgasme! (oui oui, je sais quand j’ai un orgasme tout de même :))

La nuit j’avais réussi à avoir enfin quelques visions, deux ou trois image et la peau d’un serpent. Je commençais à me convaincre que je ne suis pas du tout du type visuel. Ainsi soit-il donc.

Ce soir là, l’ayahuasca m’ouvrait à peine son monde.  J’ai cru que c’était le maximum de ce que je pouvais vivre avec elle. Mais j’étais profondément heureuse et légère et ça me comblait déjà.

Quand l’Ayahuasca m’a prise toute entière

Je suis partie à cette dernière cérémonie complètement détendue et sans grandes attentes. J’ai d’abord pensé avoir déjà vécu mon grand moment avec l’ayahuasca. En effet, je pensais ne pas pouvoir avoir des visions, pas de celles avec couleurs et jolis papillons en tout cas.

La cérémonie commençait par contre avec un Éric qui me paraissait beaucoup plus détendu et concentré que d’habitude. Il prenait son temps dans chaque geste et chaque mot et était complètement absorbé par le rituel.

Un début de cérémonie foudroyant

J’ai rapidement commencé à voir la peau du serpent et puis un serpent entier.  Un voile lourd et épais se pose sur mes yeux fermés. Je commence à voir quelques petites formes géométriques en couleur.

Et puis subitement je tombais sur le matelas sur lequel j’étais assise. Depuis la deuxième session j’ai commencé à m’assoir sur un matelas au lieu d’une chaise. Je voulais me préparer  à l’éventualité d’un malaise vagal.  J’en avais eu quelques uns auparavant mais je l’avais complètement oublié. Jusqu’à la première session d’ayahuasca ou je le sentais venir.

Quand je suis tombée sur le matelas j’étais complètement consciente. Ce n’était absolument pas un malaise vagal. En ce moment précis Éric se lève et se dirige vers moi. Surpris de me voir allongée il s’inquiète mais je le rassure que je me releverais après quelques secondes. Au fait il ne m’avait pas vu tomber mais venait me dire qu’il allait aux toilettes. Quelque chose s’ est passée en instantané pour nous deux.  Eric avait besoin d’aller aux toilettes.  Au même moment l’ayahuasca m’avait littéralement mise par terre.

Au moment où Éric s’éloignait, l’ayahuasca s’est présentée dans toute sa splendeur…

Le monde magnifique de l’Ayahasca

Une infinité de formes géométriques et de couleurs. Ils formant une seule grande et complexe structure qui me prend par le bas du ventre. Elle remonte en moi doucement jusqu’à complètement m’envelopper le corps tout entier. Je la sentais sur mon visage et dans mes mains. Ce n’étais pas une vision en 2 ou 3 dimensions.  J’étais quelques part entrée moi même dans cette vision tout en l’observant.  Je vivais de tout mon corps et de tous mes senses ce moment unique.  Quand l’ayahuasca monte en soi comme une graine qui grandi. Quand elle occupe tout l’espace et au-delà, ça échappe à toute description.

Éric n’était toujours pas revenu et moi j’étais éblouie par tant de merveilles. Une seule pensée se répétait alors autour de moi et dans ma tête “magnifique ayahuasca, prend moi”.

Et elle m’a complètement prise cette nuit. La cérémonie avait durée pendant plus de 4 heures. J’y ai bien basculé entre la vie et la mort, symbolique s’entend.

Un voyage dans les profondeurs de l’enfer

Mes souvenirs sont toujours confus mais je me rappelle de souffrances atroces.  Ma tête plongée dans le seau à mes côtés. Ce dernier était devenu tel un profond puits et où je vomissais des démons, avec leurs cris et ma douleur. Suivaient alors de magnifiques visions de dragonne en couleurs. De moi épuisée la priant de me laisser partir. De la réponse de l’ayahuasca à chaque fois “non ce n’est pas encore fini”. Du souffle de mon corps que je sentais loin de moi.  De l’ayahuasca qui me souris, qui m’enveloppe dans un sentiment de jouissance pure et intense.  De moi qui lui demande encore de me laisser repartir et de son refus et un retour dans le puits des démons. Des moments de  souffrance à son paroxysme suivie par de la jouissance pure.

Et la voix d’Éric qui me parvient de loin quand les Icaros, le fil conducteur qu’il ne faut pas perdre, s’ arrêtent.

– “Houda, tu vas bien?”
– ” Non, mais c’est magnifique”
– ” Bienvenue dans le monde de l’ayahuasca. Essaye de te détendre, établis une relation avec la plante sans lutter”

L’acceptation, une source d’Amour

Je fais exactement ce qu’il me dit et commence à me sentir déjà beaucoup mieux.  Ça se calme et devient plus doux du coup.  L’expérience, ceci dit, est toujours aussi intense.  Je suis toujours loin de mon corps. Et puis enfin, je sens que je pourrais commencer à revenir petit à petit.  L’ayahuasca me prévient que ça ferait mal et ça fait en effet très. Autant quitter le corps s’ est fait presque sans que je le remarque autant le retour était délicat. Je commence à sentir mon souffle s’ approcher et l’ayahuasca ouvrir mes mains crispées et m’aider à dépasser la souffrance.

Elle était devenue maternelle et souriante. Pendant ce long retour difficile et étrange vers mon corps, je partais des fois dans des mouvements acrobatiques assez violents. Éric m’a confirmé qu’il n’en était rien et que j’étais allongée de la même manière tout le temps. L’ayahuasca m’enveloppait d’une énergie d’amour incroyable, de bonté et de douceur incommensurables. Je me retrouvais en train de lui dire que je l’aimais.  Je lui étais reconnaissante pour tant de bonté. Elle me souriait et continuait à m’aider à revenir.

L’ouverture finale

Éric intervient une deuxième fois. Il me demande de canaliser l’énergie de l’ayahuasca maintenant qu’elle était en moi. Il est temps de lui poser des questions. Ce que je fais et les réponses sont instantanées, claires et directes.

J’essaye de me relever mais je n’y arrive toujours pas.  Même si je me sens complètement retournée dans mon corps, l’ayahuasca m’attire encre vers elle. Elle devient farceuse sans cesser d’être maternelle. L’ayahuasca me dit qu’elle voulait encore s’amuser un peu.  Qu’elle puisse me montrer que je me trompais en croyant son pouvoir limité à quelques images. L’ayahuasca était entrain de me donner une petite lesson d’humilité mais dans l’amour et la douceur. Une véritable maman, Madre Ayahuasca 🙂

Je me laisse aller complètement, cette fois-ci, aux visions.  Mes yeux étaient ouverts déjà depuis un long moment, sans aucune résistance, sans plus aucune peur. J’avais des visions les yeux ouverts, je n’arrivais pas à y croire! L’Ayahuasca était en moi et me submergéait de l’énergie d’amour…que demander de plus?

Et dans ce lâcher prise total, je me relève et m’assoie. Je regarde Éric qui a commencé à préparer le feu dans une béatitude totale. La cérémonie se termine donc.

Une fin heureuse

Éric me demande de me lever pour m’assoir à côté de lui. Il voulait  me chanter l’icaros de protection et me souffler du tabac pour clore la cérémonie. Je n’y arrive pas. L’ayahuasca me demande de rester assise encore quelques instants. Elle me laisse enfin partir et je peux alors me relever. Une fois l’icaros chanté, j’étais comblée et je souriais de tout mon corps, de tout mon être.

Je déplace ma chaise pour la mettre devant le feu. J’ai encore des visions les yeux ouverts mais surtout de l’information limpide qui ne me surprend plus.  Une information, j’en avais désormais la certitude, qui venait de moi.  Elle provenait de cette ayahuasca qui ne faisait plus qu’un avec moi.

J’étais en train de me demander ce que je devienderais maintenant dans ce monde.  Il faut dire qu’après avoir vécu la jouissance pure et l’amour infini je n’étais plus la même.  Je me rendais simplement compte que  j’ai oublié mon état d’avant l’Ayahuasca. Éric qui avait fini de chanter l’icaros pour sa propre protection est venu s’installer à côté de moi. Il me  murmurait “c’est une renaissance. Avec la plante on renaît à soi même”. Oui, s’en est bien une!

Nous avons passé au moins deux heures à discuter autour du feu.  On se racontait cette belle expérience.  On évoquait les reponses que j’avais reçu et on parlait d’avenir, de nos projet respectifs. Une discussion entrecoupée de silences où chacun partait encore avec ses propres visions. Les miennes se faisaient encore les yeux ouverts. Là où je regardais je voyais l’ayahuasca ou peut être voyais à travers elle. Elle me parlait constamment et l’extérieur ne faisait plus qu’un avec l’intérieur.

La peur disparait, L’ayahuasca est désormais là

On n’était pas vraiment fatigué mais on a décidé de nous préparer pour  dormir. Il était 2 heures passées alors qu’on avait commencé la cérémonie vers 19h.

Je surprends Éric en lui annonçant que je dormirais à l’étage et  le laisserais einfin dormir dans sa tente. J’avais  réquisitionné cette dernière pendant les deux premières session tellement j’avais peur des bestioles. A sa surprise je répond simplement que je n’avais plus peur. S’il y avait un moment pour dépasser mes phobies c’était bien celui-là.

Mais alors allongée sur le matelas à l’étage de la cabane je ne dors pas. J’ai encore des visions toute la nuit. L’ayahuasca me parle et m’enseigne. Elle veut que j’apprenne à vivre avec elle et me rassure que ça se fera petit à petit. Elle me parle avec une douceur infinie. Sans jamais m’enlever cette énergie d’amour et de jouissance dont elle n’a cessé de m’envelopper.

Le lendemain, une nouvelle perception, un nouveau monde

A 6 heures du matin je vais marcher dans la chacra. Il avait plut pendant la nuit et le monde revêtait une nouvelle  robe de couleurs. Tout était plus beau, plus lumineux.

Éric m’avait dit que c’était un beau cadeau que celui que m’a offert la plante.  Je devais le protéger et le préserver avec une post diète plutôt stricte. Mais je devais surtout garder l’Ayahuasca toujours proche de moi.

Son Maestro, Don Lucho, lui avait d’ailleurs fait une confidence avant la cérémonie. “Elle a l’ayahuasca partout dans le corps” avait-il confirmé.  Il avait bien raison.

Le lendemain, Eric me confie également que c’était sa plus belle session en tant que maître de cérémonie.  Je suis pleine de gratitude et heureuse pour nous deux.

Heureuse de savoir que le chemin était tout aussi beau que la rencontre.

J’écris ce texte au deuxième matin depuis la cérémonie. Les visions sont toujours là, moins intenses mais présentes. J’ai dormi et mangé très peu depuis mais je me sens débordante d’énergie.  L’ayahuasca me fait comprendre qu’elle fait désormais partie de moi et je sens toujours son amour.

Dans quelques heures je pars à Lima. Mon voyage reprend donc mais je ne suis désormais plus seule.

Update: Fin 2016. Cette première rencontre avec l’Ayahuasca a ouvert la porte à beaucoup d’autres. En l’espace d’un an j’ai du faire une 20aines de cérémonies d’Ayahuasca.  A chaque fois c’était de l’apprentissage profond et intense sur moi-même et sur le monde. Mon amour pour cette plante et ma gratitude sont infinis. 

 

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En fin de cérémonie autour du feu. Une joie incommensurable!

 

Globetrotteuse et blogueuse marocaine. Je partage sur cet espace mon expérience personnelle du voyage, sa préparation, ses innombrables plaisirs, ses couacs et surtout comment il me permet d'apprendre, d'échanger et d’évoluer.

9 Comments

  • wouah !!! ton expérience me laisse sans voix ! c’est le plus intéressant et le plus beau des voyages que l’on puisse vivre….je pensais que l’on ne pouvait avoir acces à ce genre d’expérience !
    cest tellement extraordinaire !!!!
    je suis tres tres heureuse pour Toi et admirative
    je t’embrasse, Belle Houda!

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  • Merci pour le partage, ton expérience est vraiment top ! Tu as de la chance d’avoir pu vivre ça !

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  • Salut Houda,

    Ca fait longtemps :), en tout cas trés belle ecriture, et content d’avoir de tes nouvelles! you Rock , continue & good luck.

    Amine Naciri qui vient d’une vie antétieure 🙂

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  • […] L’ayahuasca: […]

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  • […] aussi de partir sur des envies et de l’intuition; être en Amazonie Péruvienne entrain de vivre des expériences profondes avec l’Ayahuasca et me retrouver exactement 6 jours après sur un bateau en direction de l’Antarctique, ou encore […]

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  • […] avais consacré un long article deux jours après ma plus belle et plus intense cérémonie. Depuis j’ai eu la chance de la […]

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  • […] 4 Ways to Have an Out of Body Experience. Ma rencontre avec l’Ayahuasca | Moroccan Nomad. […]

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  • Vraiment un très beau témoignage, surtout sur le déroulement des étapes intérieures par lesquelles tu es passée. Est-ce que tu te rends à chaque fois au Pérou pour tes cérémonies d’Ayahuasca ?

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    • Merci. Non j’y suis allée juste à deux reprises. J’ai pris l’ayahuasca en Santo Daime pendant un long séjour au Brésil.

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