Réflexion: La liberté telle que je l’avais apprise à Cuba

La liberté est une question qui m’a toujours occupé l’esprit. Pendant mes voyages cette question devenait encore plus persistance. Il a fallu attendre Cuba pour avoir les idées plus claires…

J’avais intensément aimé et détesté Cuba à la fois.  J’ai haïs comment leur industrie du tourisme, leur mode de vie à deux vitesses, deux monnaies, deux genres d’humains, les cubains et les touristes, pouvait facilement transformer une personne généralement ouverte à l’autre en quelqu’un de paranoïaque.

En visitant Cuba avec un minimum d’envie de rencontres et d’expériences de vie locale, on se retrouve rapidement face à une désillusion profonde. C’est dur, très dur même de se fondre dans la foule et de vivre au milieu des cubains sans tomber dans les clichés faisant loi dans le pays; Le touriste se fera forcément arnaquer car il n’y a pas moyen de vivre à la cubaine.

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J’avais fini, après de dures expériences, par comprendre que le pays se devait de faire les choses ainsi. Quels choix avaient ils sous un embargo économique durant si longtemps? J’avais fini par accepter que le seul moyen pour vivre une expérience d’immersion dans la vie locale, était de changer de perspective moi-même. Je me devais de faire le premier pas.

Après quelques jours à la Havane, quelques arnaques et de fausses amitiés, j’ai eu une expérience qui avait complètement changé mon séjour de trois semaines dans l’île. J’avais rencontré Esperanza (Espoir!) dans une grande place de La Havane.

Esperanza est une vielle dame qui vend des cacahuètes sur la place. Je lui ai acheté un petit paquet à l’équivalent de 2dh, et on a longuement discuté. Elle vivait seule, dans un immeuble  délabré dans le quartier populaire, Centro Habana, où j’habitais moi-même dans une ancienne et belle maison. Esperanza, malgré sa situation difficile, était souriante et belle. Elle m’avait confié que son bonheur ne venait que de son acceptation. Elle n’avait aucun regret ni grand chose à désirer si ce n’est mourir dans la dignité.

Esperanza

Une idée folle avait suivi. Elle était la première personne avec qui j’eu une discussion aussi sincère depuis mon arrivée et je n’avais alors aucune envie de la quitter. Je lui ai demandé de m’embaucher pour la journée. J’allais tout simplement l’aider à vendre ses cacahuètes.

Ce qui allait suivre m’avait longuement intrigué. Les touristes affichaient un dédain et un manque de compassion surprenants. On acceptait à peine d’acheter les cacahuètes valant 20 centimes de dollars mais on inventait mille et un stratagème pour prendre une photo volée d’Esperanza. Pourquoi en arriver là? Je n’avais trouvé d’explication que cette paranoïa que beaucoup on fini par developper à cause des faux cigares qu’on essayait de leur vendre aux quatre coins de la ville. Rares étaient les touristes qui se remettaient d’ailleurs en question et assumaient la responsabilité de leur propre appétence.

Depuis la rencontre avec Esperanza, j’ai également changé mon contact avec les cubains. Je leur expliquais d’emblée que je n’avais rien à leur offrir si ce n’est mon amitié et ils l’acceptaient volontiers. C’était rapide et efficace et ça m’avait ouvert les portes du vrai Cuba et quelques chemins cachés dans ma propre conscience.

Cuba m’avait ouvert les yeux sur comment être heureux et se sentir accompli et enrichi juste par l’acceptation. L’acceptation du moment présent dans son meilleur et son pire à la fois, l’acceptation d’être qui ont est vraiment et de le vivre à travers de simples et belles amitiés transcendant ce qu’on pense être, pour vous ramener à une union subtile avec les autres.

 

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Mais Cuba m’avait aussi chamboulé comme peu d’autres endroits ont pu le faire.

Le jour avant de quitter l’île, j’avais croisé un voyageur bulgare rencontré pendant mes premiers jours à la Havane. Nous avions décidé de déjeuner dans un restaurant sur le toit d’un grand hôtel de la capitale. Profiter du beau temps, le soleil et la brise, et flotter entre des discussions profondes et d’autres plus superficielles, était quelque part notre célébration de cette douceur de vie cubaine, disponible surtout pour les nantis.

Zohan passait presque trois mois par an à Cuba pendant les quatre dernières années. Il connaissait bien l’ile et l’aimait énormément. Il m’avait confié ceci :“tu notera le changement que Cuba apportera à ta vie seulement quelques mois, voire plusieurs semaines si tu es chanceuse, après l’avoir quitté”. Il ne savait pas à quel point je pouvais être chanceuse.

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Le jour suivant, alors que je m’apprêtais à quitter la Havane, j’avais décidé de faire une ballade dans les rues de la ville, me perdre une dernière fois dans ses rues animées, me fondre dans la foule et rêvasser. Et c’est là que ça m’avait pris de plein fouet.

Subitement en larmes, je me regardais de dedans et de dehors. J’étais en moi-même et m’observant de l’extérieur, comme si j’émergeais d’un beau rêve ou d’un cauchemar. J’avais soudainement compris, ce que Cuba avait fait de moi en trois semaines.

Ce pays m’avait dépouillé, avec une facilité déconcertante et en un temps record, d’une stabilité que j’avais acquis péniblement durant les derniers mois. Le pays m’avait mis devant tant de dilemmes et dans des états d’âme tellement à l’opposée les uns des autres que je pouvais à peine me rappeler ce qu’être équilibrée, calme et confiante pouvaient encore signifier.

Cuba m’avait fait balancer, sans répit et avec force determination, entre la colère et la paix, la joie et la peine, la richesses et la pauvreté, le communisme et le capitalisme…mais le tout, toujours en présence d’une énergie d’amour dans l’air ambiant et les regards.

Je ne sais toujours pas à quel point Cuba avait changé ma perception du monde, mais j’avais appris quelque chose de très important pour moi, à l’époque, mais encore aujourd’hui; La liberté n’était en rien se détacher d’un mode de vie ou tout laisser tomber comme je le pensais. La liberté n’était pas pouvoir faire ce que je voulais quand je le voulais. Ce n’était certainement pas un voyage à l’infini, ou une vie de nomade.

Cuba m’avait appris que la liberté est, avant tout, essayer d’être heureux, peu importe l’endroit et les moyens. C’était pouvoir traverser les jours, les bons et les mauvais, avec une certitude; rien n’importe plus que notre expérience de vie dans le moment présent.

La liberté telle que je l’avais apprise à Cuba…”es vivir”! 

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Globetrotteuse et blogueuse marocaine. Je partage sur cet espace mon expérience personnelle du voyage, sa préparation, ses innombrables plaisirs, ses couacs et surtout comment il me permet d'apprendre, d'échanger et d’évoluer.

2 Comments

  • Très bel article Houda. Je pars à Cuba en février. Je penserai à toi en arpentant ses rues et en rencontrant ses gens. Peut-être rencontrerai-je Esperanza !? En tout cas, je garde son visage en tête et lui passerai ton “bonjour” si tu le veux bien sûr :). Bizzz à toi.

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    • Merci beaucoup Benoît. Oui, dis bonjour à Esperanza de ma part stp et surtout profites bien de l’énergie d’Amour la-bas, elle se cache un peu mais je me fais pas de soucis pour toi 😉 Bises (et viens me voir au Maroc :))

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