Mazagan, la ville qui a traversé l’Atlantique 

El Jadida, Mazagan de son nom portugais, une ville marocaine sur la côte Atlantique à quelques 96km au sud de Casablanca, qui ne paye pas de mine et qui est rarement sur la liste des villes touristiques du Maroc. Pourtant les anciennes fortifications de Mazagan et sa citerne portugaise sont classés patrimoine mondial de l’Humanité par l’UNESCO depuis 2004, mais, au-delà, la ville a aussi et surtout une histoire insolite et des antécédents de voyageuse téméraire.

Construite d’abord en cité fortifiée au début du 16ème siècle par les portugais, elle fut prise par les marocains en 1769 et abandonnée pendant presque 100 ans, avant d’être reconstruite et renommée El Jadida, la nouvelle ville.

Pendant cette période d’abandon, la ville n’avait pas totalement cessé d’exister. Elle avait effectué une longue traversées l’Atlantique…

Quelques 232 familles portugaises, ayant fuit la Mazagan marocaine, avaient fait leur chemin jusqu’en Amazonie Brésilienne. Là, à une centaine de kilometres de l’embouchure du fleuve Amazone, où se trouve aujourd’hui la ville de Macapa, ces familles avaient décidé de reconstruire leur ville d’origine, ils l’avaient naturellement appelé Mazagão.

C’était en 1774, date officielle de la construction des ruines encore apparentes, se trouvant au village connu aujourd’hui comme Mazagão Velho. Entre temps, la jungle avaient à plusieurs reprises envahit les constructions, forçant ainsi les habitants de Mazagão à abandonner cette nouvelle ville également pour s’installer à une 50aine de kilometres plus loin et rebâtir leur ville pour la 3ème fois. Mazagão Novo cette fois-ci.

Deux villes séparées par un océan et un village en bois avec des ruines envahies par la jungle amazonienne, mais surtout des lusitaniens transportant leur ville et leurs traditions à travers l’Atlantique…voilà donc le destin de grande voyageuse de ma ville, El Jadida.

Lors de mon voyage en Amérique du Sud, je connaissais l’histoire de ma ville mais je ne pensais nullement aller jusqu’à Mazagão Velho. C’était un voyage plutôt difficile. Le village est très lointain, situé dans cet état du nord du Brésil connu pour sa criminalité élevée et l’absence de tout intérêt ou structure touristiques, si ce n’est la petite forteresse de Macapa qui ne justifierait néanmoins pas le long et difficile voyage.

Pourtant, sans vraiment l’avoir planifié, je me suis retrouvée faire mon chemin doucement mais surement vers Mazagão. J’avais traversé l’Amazonie pendant plusieurs semaines, au départ de Manaus, alternant découverte de la jungle, arrêts dans quelques ports et de longs trajets dans des bateaux traditionnels descendant le fleuve Amazone, avec une lenteur déconcertante et de la musique Faro à faire perforer mes tympans.

En arrivant à Macapa, ville capitale d’Etat d’Amapa, j’avais alors emprunté un véritable chemin en dehors des sentiers battus, visitant d’abord Mazagão Novo avant d’arriver à la fin de la route, littéralement; Mazagão Velho, un petit village où certaines familles avaient décidé d’habiter des maisons en bois, pas loin de l’ancien cimetière et autres ruines de l’église construite en dur dès 1774.

En arrivant à Mazagão Velho, on est venu naturellement me poser la question “Que cherches-tu?” car en dehors du mois de Juillet, période de grande festivités religieuses dans le village, presque aucun étranger n’arrive jusqu’au là.

Mazagão Velho est connu dans l’état d’Amapa pour ses celebrations annuelles de Sao Tiago. De grandes fêtes à l’honneur du saint mais aussi des reproductions annuelles de la bataille qu’ils n’avaient pas mené avec les maures. Les habitants de Mazagran la marocaine avaient fuit une ville assiégée sans se battre et c’est un peu leur malédiction dont ils essayent de se débarrasser depuis 247ans. Chaque année, ils reproduisent donc la dernière bataille qui finit toujours par la défaite de l’ennemi.

Mais d’ennemi il n’y a que cet aspect festif de l’Histoire. En arrivant à Mazagão Velho j’avais dit au groupe de jeunes rencontrés à l’entrée du village que j’étais marocaine, et comme eux, originaire d’El Jadida. On m’avaient alors assaillit de questions “Elle est comment la forteresse aujourd’hui? Et la citerne? Est-ce toujours aussi beau?…”.

Leur joie de voir quelqu’un remonter l’histoire de cette ville qui habite toujours leur imaginaire, jusqu’à leur village perdu dans la jungle, était plus qu’attendrissante. Un moment de pur émotion qui restera longtemps gravé dans ma mémoire, comme Mazagan est encore gravée dans la leur…

Globetrotteuse et blogueuse marocaine. Je partage sur cet espace mon expérience personnelle du voyage, sa préparation, ses innombrables plaisirs, ses couacs et surtout comment il me permet d'apprendre, d'échanger et d’évoluer.

4 Comments

  • Tres beau ,très instructif et d’une grande sensibilité nostalgique .
    Merci Houda !

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  • De jdidia à jdidia, je te dis milles mercis !

    Je commence tout doucement à planifier mon Mexico –> Cap Magellan en passant par l’Amérique centrale puis latine, et j’étais à la recherche d’infos/tips, typiquement Mazagao 🙂

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    • Génial. N’hésite pas si tu as besoin de tips. Bon voyage 🙂

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