La France en tuk-tuk, un road-trip pas comme les autres

Quand j’avais reçu l’invitation de The Gira pour me joindre au voyage de Bruxelles jusqu’à Sète en tuk-tuk, il ne me fallut pas longtemps avant de répondre avec un grand OUI.

Un petit tour sur le site thegira.it et j’étais conquise. Faire plus de 1000 km sur cet engin insolite promettait d’être une aventure plutôt décoiffante! Bien comme je les aime…

Premier contact: tâter l’engin et l’écouter ronronner ses habituels tuk-tuk-tuk-tuk. ..

Arrivée à Bruxelles, je rencontre Laurent, gérant de The Gira en France et sympathique compagnon d’une partie de ce voyage de 8 jours sur les routes belges et françaises.

Premier contact aussi avec le tuk-tuk que j’apprend à conduire dans une ruelle vide à Bruxelle. Entre les vitesses manuelles et le frein au pieds, essayant des accélérations en pente et quelques tours inopinés sur place, j’avoue que je me perds déjà, mon cerveau est assez long à assimiler de nouveaux modes de conduite surtout lorsque je suis dans l’obsession de “hâte hâte de prendre la route”!

Quelques rues bruxelloises plus tard et des photos avec l’engin, très photogénique, faut-il encore le prouver, devant des sites célèbres de la capitale européenne, et nous voilà partis pour une aventure pas comme les autres.

 La découverte de l’arrière pays et milles et une histoires

Parce que rouler en tuk-tuk rime aussi et surtout avec rouler lentement, sa vitesse de pointe ne dépassant pas les 65 km/heure, il n’était question principalement que de routes départementales, rarement des nationales et jamais des autoroutes vu qu’on y est même pas autorisé.

C’est d’ailleurs avec une immense joie que je voyais les paysages et les villages belges dans un premier temps, et puis surtout français pour la majeure partie du chemin, défiler dans des contrastes surprenants, pour celle qui avait pas mal voyagé en France mais principalement dans les grandes villes et en se déplaçant en train ou en avion.

Aussi bien les paysages que les particularités de l’architecture des villages et villes traversés, me laissaient un goût d’enchantement nouveau. Oui, il y a tant de choses à découvrir dans cette France en dehors dans sentiers battus, et quand on le fait en tuk-tuk on s’assure une vitesse tellement lente que chaque paysage a largement le temps de vous laisser sa petite empreinte dans le coeur et l’imaginaire.

Du pays des Ch’ti, traversé pendant un dimanche, je retiens cette image des locaux faisant leurs vides greniers, décontractés, souriants,  en partageant des repas dans les stands aux coins de rues, des paysages inspirant la sérénité des chaudes journées d’été et surtout des regards étonnés et amusés à la fois de voir deux tuk-tuks traversant des villages qui n’ont pas l’habitude de recevoir grand monde. Un début de voyage donc dans un étonnement mutuel et un échange de sourires encore timides.

Au 2ème jour nous arrivions à Paris. Paname en tuk-tuk est bien différente que celle qu’on découvre à coup de métro et de sites touristiques. L’indifférence des parisiens à notre vue dénote ce mode de vie assez célèbre “métro, dodo, boulot”, pas le temps de regarder l’insolite ni de s’en étonner. Il y a eu, par contre, les touristes qui nous demandaient le prix de la course et puis finissaient par rire aux éclats en découvrant notre projet fou “vous êtes sûrs que ces petites roues vont pouvoir faire tous ces kilomètres, voyons, vous êtes insensés!”

Et insensés nous l’étions mais juste un peu car nous nous étions ressaisis assez rapidement…

lorsqu’au 3ème jours nous traversions l’étape Paris -Orléans et arrivions le soir dans une auberge sortie tout droit d’un film d’horreur ou d’une comédie dramatique, je ne saurais dire.

Un monsieur en tenue de camouflage militaire entrain de cuisiner sur une bouteille de gaz dans sa chambre, ouverte sur la cours ou nous avions stationné nos engins, un autre qui sortait nous accoster pour poser milles questions sur notre voyage, vêtu seulement d’un caleçon vert fluo laissant apparaître une tâche de pipi, et sa femme en maillot de bain lui criant dessus pour rentrer. Et enfin une jolie hôtesse élégamment habillée qui nous exhortait à quitter rapidement l’établissement ou elle travaillait pour en trouver un autre car…nous n’avions pas l’air si insensés que ça!

Et pourtant nous avions continué à faire nos preuves dans le registre “insensés”. Nous avions roulé pendant une journée sans relâche sous une pluie torrentielle, mais en gardant notre bonne humeur intacte sous nos imperméables et notre détermination dans l’accélérateur. Et lorsque nous avions survécu à l’orage et avions finalement eu un temps magnifique au 6ème jour, nous avions tout simplement décidé de braver les montagnes de l’Ardèche avec nos minuscules engins.

Une aventure qui s’est avérée pleine de paysages magnifiques mais fatale à la boîte aux vitesses de l’un des tuk-tuks. Nous avions du l’abandonner dans un parking d’une mairie en plein dans les montagnes, en nous posant tout de même la question de s’il n’était pas plus judicieux de rester sur place, nous faire inviter au mariage ayant lieu à proximité en utilisant le charme de l’autre tuk-tuk toujours en bonne santé…Non au final, pas si insensés qu’il paraîtrait. Un aller-retour bien sage avait suffit pour nous ramener sous un toit moins folklorique.

PSX_20160723_183212

Le dernier jours du trajet arrivât finalement plus rapidement qu’on s’y attendait. On n’avait plus beaucoup de kms à faire pour atteindre notre destination du jour, Montpellier, et c’est alors qu’on décidât de prolonger le voyage. Et si on faisait un long détour? Allons, bifurquons par le sud et allons chanter sur le pont d’Avignon…

Un Avignon que j’avais personnellement connu depuis longtemps et à plusieurs reprises.  Déjà deux festivals de théâtre à mon actif. Mais c’est avec un sentiment nouveau qu’on a roulé en tuk-tuk dans les rues bondées de monde, comme si on paradait pour f aire la promotion d’un spectacle du Off. C’était notre dernière valse et notre ultime petite folie en quelque sorte avant la fin de cette belle aventure.

Le lendemain, et après avoir passé la soirée dans un petit cabanon de compagne appartenant à Laurent et la nuit chez lui à Aniane, nous nous sommes dirigés vers Sète où notre aventure s’arrêtait pour de bon. Un dernier déjeuner ensembles, une visite du bateau de GNV, sponsor du voyage, quelques photos et les cheveux au vent dans les tuktuk en mode décapotable, avant de nous résigner à quitter ces jolis compagnons qui nous avaient mené bien loin, en prenant notre temps pour découvrir des routes que nous ne connaissions pas et construire des amitiés et des souvenirs à jamais gravés dans nos mémoires.

Les rencontres et les compagnons de route qui font le voyage

Le voyage à mon sens est toujours incomplet sans rencontres, et il n’est jamais le même quand les compagnons sont différents.

Ces quelques jours en tuk-tuk étaient l’occasion de faire des rencontres insolites. Des villageois qui venaient surpris nous aborder pour demander ce qu’on faisait la et pourquoi on entrain de le faire ainsi, ou ceux moins entreprenants qui nous faisaient des signes d’encouragement de loin, mais aussi ces marocains qui nous ont reconnu dans la rue; assis dans un restaurant à Orléans ou devant la péniche où nous avions passé la nuit à Dijon. Des moments toujours agréables à être en contact avec l’autre pour assouvir sa curiosité ou partager une discussion à l’apparence anodine mais dont les sourires sont bien sincères.

Il y eut aussi ceux qui nous avaient hébergé pour la nuit en partageant avec nous un espace grand ou petit chez eux mais une grande place dans nos coeurs. Ils étaient marocains, Mustapha à Auxerre qui s’est plié en 4 pour notre confort, ou français, Paul à Lyon qui n’a pas hésité à dormir par terre pour nous laisser son lit. Des gestes généreux qui m’avaient et continuent à me toucher profondément.

Et puis au-delà des rencontres, il y a eu les compagnons du voyage qui donnent réellement tout son sens au voyage. Anas et Amal Yakine et leur grands coeurs et rires d’enfants, Julien est son sens de responsabilité mélangé avec un esprit hautement taquin et profondément chaleureux, et Laurent, l’homme au sourire éternel.

Des compagnons qui, au final, ont fait de ce voyage ce qu’il a été, une belle aventure sur les routes françaises et celles du coeur.

Le trajet effectué, en chiffres

Ce sont finalement 1782,3 kms que nous avons parcouru sur des départementales, pistes et quelques petits tronçons de routes nationales pour parcourir une distance en Autoroute de 1100 km.

Voyager en tuk-tuk c’est surtout prendre son temps et prolonger le plaisir d’un roadtrip au maximum!

Voici un peu les distances parcourues entre chaque étape et la suivante:

Jour 1: Bruxelles – Amiens – 285,8 km

Jour 2: Amiens – Paris – 163,4 km

Jour 3: Paris – Orléans – 161,1 km

Jour 4: Orléans – Auxerre – 176,6 km

Jour 5: Auxerre – Dijon – 215,7 km

Jour 6: Dijon – Lyon – 230,4 km

Jour 7: Lyon – Valence – 148,8 km

Jour 8: Valence – Aniane – 291,3 km

Jour 9: Aniane – Sète – 109,2

Une première expérience réussie de voyage sponsorisé

PSX_20160726_115736

Ce voyage est mon premier voyage sponsorisé, après deux années de vadrouille, et a été rendu possible par le sponsoring de GNV, entreprise de transport maritime faisant la liaison entre plusieurs villes des côtes nord et sud de la Méditerranée.

L’objectif de l’Entreprise à travers ce voyage était de promouvoir plus spécifiquement ses liaisons entre Sète et les villes marocaines de Tanger et Nador auprès de la communauté marocaine.

En regardant ce trajet de Bruxelles à Sète, de loin, il est vrai qu’on se pose quelque part la question du lien entre ce voyage et l’objectif de la promotion. Mais c’est alors sur la route même que j’ai, personnellement, senti ce lien. Toutes ces familles marocaines, à travers quelques générations, qui ont du faire ce même trajet (avant les autoroutes) ont certainement du vivre des moments mémorables avant de rentrer au Maroc partager quelques semaines avec leurs familles.

Il y a bien un chemin avant l’arrivée, et c’est quelque part ce chemin qu’on a partagé avec beaucoup d’entre eux sans vraiment le savoir.

Sur un niveau professionnel, j’ai vécu, à travers ce voyage, ma première expérience du genre et j’en suis amplement satisfaite. Un voyage qui me permet de continuer à voyager avec le même esprit d’aventure et de liberté chers à mon coeur.

 

More from Houda Chaloun

Les San Blas des Kunas

J’ai longtemps rêvé de la traversée Panama Colombie en voilier. Ces traversées...
Read More

7 Comments

Leave a Reply

Your email address will not be published. Required fields are marked *