Refoulée à la frontière chilienne, j’ai failli me faire violer en Bolivie

Frontière Chili et Bolivie

Cet épisode de mes voyages s’est produit 6 mois après le début de mon tour du monde, en Janvier 2015, une semaine seulement avant mon départ prévu d’Amérique du Sud vers l’Australie. Une mésaventure qui a été, à la fois, le pire et le meilleur de mes voyages. Un événement majeure qui n’a pas seulement changé le court de mon voyage mais de ma vie toute entière.

Récit d’une longue journée à la frontière bolivienne

 

Un malentendu de taille!

Quand on me délivre mon visa à l’ambassade du Chili à Lima au Pérou, on m’explique que c’est un visa de 50 jours, d’une validité de 90 jours. L’employée du consulat qui me remet mon passeport m’explique que je pouvais donc l’utiliser pendant 3 mois en accumulant 50 jours sur le territoire chilien.

Mais voilà, ce 14 janvier quand j’arrive au post frontalier chilien de San Pedro de Atacama on me refuse l’entrée au pays. Motif? Visa expiré.  J’ai d’abord cru à une blague.

L’officier m’explique alors que mon visa est effectivement valide pendant 90 jours mais que sa validité expire après 50 jours de la première utilisation. Ça change absolument tout. J’avais déjà fait ma première entrée au Chili 2 mois au-paravant en Patagonie.

De longue discussions s’ensuivirent. J’explique le malentendu. J’argumente. Je sors mes billets d’avions pour l’île de Pâques et Melbourne, en preuve de mes intentions. Je n’aurais tout de même pas pris le risque d’acheter des billets aussi cher en sachant que mon visa est expiré.  Rien n’y fait.  On m’informe que je dois rebrousser chemin immédiatement avec la même entreprise de transport qui m’a ramené de la frontière bolivienne.

Pour situer un peu la mésaventure, voici quelques information sur les frontières Bolivie/Chili/Argentine:

  1. Le poste frontière chilien de San Pedro de Atacama se trouve à 50 km du poste frontière de la Bolivie et à 150 km de celui de l’Argentine. Un no-man’s land de désert, l’Altiplano, sépare les trois pays.
  2. Le poste frontière de la Bolivie est la limite entre le Désert du Sud Lipez et celui d’Atacama. Aucune route ne le dessert si ce n’est des chemins tracés par les 4×4 touristiques. Il se trouve tout simplement au beau milieu de nulle part dans un des déserts les plus hostiles du monde.
  3. En guise de poste frontière, le poste bolivien est une petite cabane de deux pièces. La première est le poste de contrôle, composée de deux bureaux et deux bancs. C’est là que les touristes passent se faire tamponner leurs passeports. La deuxième, porte entrouverte, on peut voir un lit et quelques ustensiles, sert de logement des gardes. Ils sont deux et passent plusieurs jours, voire semaines, en poste avant que d’autres gardes ne prennent la relève.
  4. Les 4×4 en provenance d’un tour du Sud Lipez en Bolivie (après 3 ou 4 jours dans le désert) et les transports touristiques en provenance de San Pedro de Atacama au Chili se retrouvent chaque matin entre 9h et 10h au poste frontière Bolivien. Ils s’échangent les touristes et repartent chacun de là où ils sont venu. A midi toute l’affaire est réglée. Aucun autre Transport n’est alors disponible jusqu’au lendemain.

 

Connaissant tout ça et ayant vérifié l’heure, midi passée, je suppliais les gardes chiliens de me refouler plutôt vers l’Argentine. Mon visa argentin était encore valide et les transports vers la frontière sont fréquents. Ils ne voulaient rien savoir. Je leur ai aussi demander de me laisser passer la nuit devant leur poste, dans le fameux no-man’s land donc, afin que je ne puisse me rendre en Bolivie  que le lendemain matin pour pouvoir trouver un transport. Refus catégorique!

J’ai eu beau expliquer la situation dangereuse dans laquelle ils me mettaient, mais rien ne pouvait les convaincre.  La Bolivie était connue pour les kidnappings à profusion. J’ai alors l’image de cet énorme mur à la station de bus de La Paz, rempli d’affiches de disparus. J’ai aussi l’image de la photo de cet australien plaquée devant toutes les auberges que nous avions traversé lors de notre tournée du Desert du Sud Lipez: 1.80m, 92Kg, un grand gaillard bien sportif!

L’un des gardes me dit alors l’air compatissant “je comprend mais c’est la loi, je ne peux rien faire pour toi”. Comprendre la situation c’est surtout savoir qu’on met sciemment un être humain en situation de danger en lui refusant toute assistance. Je doute qu’ils aient vraiment compris.

En dernier recours, je demande à appeler l’ambassade du Maroc à Santiago de Chile pour les informer de ma situation. Réponse:”Oui tu peux les appeler si tu as moyen de le faire…” en me signifiant que je ne peux utiliser leur téléphone. Ils me mettaient bien devant le fait accompli. Je me demande alors s’ils auraient procédé de la même manière avec une citoyenne américaine.

Je lâche donc l’affaire et la mort dans l’âme, me laisse conduire vers la frontière bolivienne, avec l’espoir que mes craintes seraient complètement vaines!

Un danger imminent: le viol!

En arrivant, c’était complètement vide comme je l’avais prévu. La porte du poste était fermée. Le garde Fausto (je lui ai demandé immédiatement son nom et il m’a montré son badge) nous ouvre la porte. Le conducteur chilien lui explique vite fait que mon visa chilien est expiré et que je suis l’affaire des boliviens maintenant et puis disparaît.

Fausto a l’air gentil, autant qu’un bolivien peut l’être. Ceux qui ont été en Bolivie savent que les boliviens ne sont absolument pas faciles de contact. Ils commencent par être grincheux et hostiles, puis potentiellement changent de comportement…si vous avez de la chance et beaucoup de patience. Il fait mine de réfléchir au problème du tampon de sortie qu’il a déjà mis sur mon passeport, pendant quelques secondes. La sentence tombe rapidement ceci dit.  Le gentil Fausto (ce n’est pas ironique, c’est probablement un des plus gentils boliviens que j’aurais croisé) me demande alors de payer 350 dolars pour me refaire un visa bolivien. Celui que j’avais n’étant utilisable qu’une seule fois.

Je répond avec flegme que le visa bolivien n’est pas payant pour les marocains et que de toute manière je n’ai plus d’argent sur moi. Il propose alors plutôt 55 dolars et je répond de même “Si tu veux refaire un visa vas-y mais sache qu’il est gratuit pour ma nationalité!”.

Je lui pose en même temps la question qui me taraude, car celle de son tampon est le dernier de mes soucis, je le réglerais à La Paz au pire.

– ” Est – ce qu’il y a une chance que des voitures passeraient par ici l’après – midi? ”

– “ça arrive des fois mais c’est très rares”

– “Une idée sur les horaires?”

– “Les plus en retard pour le transport touristique peuvent passer entre 14h et 15h”. Il était 13h30…la chance pourrait tourner!

-“Je fais quoi alors s’il y en a aucune qui passe?”

-“Tu n’as pas trop le choix. Tu passeras la nuit ici et pourras repartir le lendemain. L’autre solution c’est de marcher jusqu’au premier refuge. Deux heures de marche.”

Je ne me rappelais pas avoir vu un refuge à l’arrivée le matin et en regardant par la fenêtre le désert effrayant, les petites tornades de vents, le néant à l’horizon, je me résigne à rester et donne même à Fausto la solution qu’il cherchait pour mon visa!

– “Met un ANNULÉ sur le tampon”

-“Oui mais alors tu vas devoir repasser par ici à ta prochaine sortie car j’ai ta ta carte d’immigration” en me désignant une pile de cartes entassées les unes sur les autres dans un parfait désordre.

– “Tu n’auras qu’à mettre un tampon annulé sur la carte aussi. Je peux te faciliter la tâche et la chercher la pile…”

En ce moment rentre un autre garde, habillé tout en noir, pas de badge. Fausto lui explique la situation et l’homme me regarde intensément et me dit “Ne t’en fais pas on trouvera une solution” Il a accompagné la parole par un geste condescendant. Une main derrière mon dos. Je me défile en faisant comme si de rien n’était.

Je me met donc à la recherche de ma carte d’immigration dans la pile de carte que Fausto défilait à toute vitesse en me disant que la mienne était introuvable. Je la chope et la lui donne et alors, dépité, il impose son fameux tampon annulé et me la remet. Affaire du tampon réglée! Une première victoire sur cette journée improbable.

Pour l’anecdote, Fausto, le matin même, ne regardait même pas le passeport. Il suffisait de le lui tendre, ouvert sur une page blanche, avec les 15 Bolivianos qu’il demandait comme taxe de sortie pour qu’il impose son tampon. C’est dire le genre de frontière à qui j’ai affaire.

Au moment où je récupérais ma carte, heureuse de la fin d’une étape, l’autre garde se met à mes côtés m’entoure de son bras “Tu vois? Je t’ai dit que ça va être réglé”. Je le repousse fermement et vais m’assoir sur un des deux bancs de la salle. J’avais noté par la même occasion qu’il articulait chaque mot très lentement. A avoir passé quelques temps en Bolivie en décèle rapidement quand la personne devant nous a usé de quelques substances illégales. C’était bien le cas. L’homme en noir était un peu “high” sur les bords.

Assise sur le banc, je fixe la montre murale en face de moi, déjà 14h, toujours aucune voiture…

Je demande où sont les toilettes et on me répond avec un ton détaché “la pampa”. Je sors faire le tour du poste. Il y avait bien une sorte de baraque en pierre à quelques mètres dont le mur est utilisé comme toilettes publiques.

Quand je suis de retour l’homme en noir me demandait où est ce que je suis partie pour el baño, je répond avec le même ton détaché “la pampa”…

Je ma rassois sur mon banc et essaye de réfléchir à la suite. Ma première impression sur l’homme en noir, sa manière de parler, doucement, lentement, est qu’il était pas mal drogué, et avec ses avances, l’option de passer la nuit ici est juste effroyable.

Le viol ou le meurtre, il faut choisir

Je ne sais comment je me suis permise de le faire.  Je me suis assoupie pendant quelques minutes. Ce matin le réveil était à 4h30 et je n’avais rien dans le ventre à part un malheureux pancake mangé en petit déjeuner à 5h.

Quand j’ai réouvert les yeux, j’avais gardé une image vivace de mon léger sommeil.  Je portais à la main un couteau de cuisine, que j’avais acheté qu’il y a quelques jours au marché pour couper des tomates. Je n’avais jamais de couteau sur moi auparavant. Ce couteau, je l’enfonçais avec toutes mes forces dans l’homme en noir.

Je ne sais si c’était un rêve, une vision ou mon imagination débordante à cause de la peur mais l’image était plus effrayante que ce que cet homme avait l’intention de faire. Tuer un garde bolivien c’était condamner ma vie toute entière. J’ai su en un instant que je n’allais pas lui permettre de me toucher. Le champs des options était soudain bien limité.

L’homme en noir était d’ailleurs seul dans la salle, derrière un des deux bureaux entrain de me fixer. Fausto avait disparu.

-“Oh tu t’es endormie, dors encore si tu veux, car ce soir tu vas m’apprendre l’anglais et je vais t’apprendre pleins de bonnes choses”

Je prend une seconde pour regarder derrière moi par la fenêtre, milles dangers incertains se retrouvent dans ce désert bolivien mais ma décision était déjà prise.

Je me retourne vers lui, le fixe et répond lentement tout en me levant pour prendre mes sacs.

– “Je ne parle pas anglais, je parle arabe…Je vais marcher jusqu’au refuge”

J’étais déjà devant la porte quand il m’interpelle.

– “Je t’accompagne?”

-“Non merci ça ira”.

Le désert, une expérience de paix

Je file à grande vitesse, autant que le poids des sacs et le vent pouvaient me le permettre. Je décide de m’arrêter dès que je suis assez loin pour vider mon sac un maximum avant de continuer. Mais au final je m’étais jamais décidée à m’arrêter et mes deux sacs étaient particulièrement légers ce jour là.

Il fait à la fois sec et froid dans ce désert du Sud Lipez, à quelques 4000m d’altitude. J’avais mis deux couches de vêtements et alors même que je marchais relativement vite je continue à trembler de froids…ou d’excitation!

Je me suis rendue compte que je n’avais pas d’eau et que j’en avais presque pas bu de la journée. Une pensée insolite me traverse l’esprit alors. Au pire je mangerais l’huile de coco que j’utilise pour mes cheveux. J’en ai presque ris.

Je ne voyais déjà plus le poste frontière derrière moi.  Je me retournais souvent d’ailleurs pour voir si je n’étais pas suivie. Cet acte même de se retourner n’était pas des plus simple. Une tortue avec un gros sac sur le dos et un autre devant, les deux pesant presque 20kg, marchant à 4000m d’altitude… Mais je me sentais déjà beaucoup mieux ceci dit.

Les routes marquées par les roues des 4×4 sont difficiles à suivre. Alors que début de la marche elles faisaient presqu’une ligne droite, plus loin elles venaient de toutes les directions. J’ai changé de direction et de chemin 2 ou 3 fois. La plus marquante est celle où j’ai marché pendant un bon moment en suivant des traces avant de m’arrêter net et revenir sur mes pas pour reprendre une autre direction. Malgré tout, une boussole invisible gérait bien toute cette affaire!

Le danger n’est plus si imminent et le désert a l’air finalement plus clément que l’homme. Je me perds un peu dans mes pensées, retrouve une certaine sérénité, apprécie ma solitude, commence à rêver d’une nuit dans le désert avec les Lamas que je voyais courir au loin. J’avais une couverture de survie et de l’huile de coco. Tout ira bien. Ça sera mon “into de wild” à moi. Et le désert autour de moi était devenu magnifique.

J’étais presque heureuse d’être là. Une paix s’est installée tout en douceur. Des décisions se sont faites à une vitesse vertigineuse et mon esprit était plus clair que jamais. Je reste en Amérique du Sud!

Un double viol? Un kidnapping? Ou une fin heureuse?

J’ai vérifié la montre, plus d’une heure est demi de marche déjà. Le refuge, si refuge il y a, ne devrait plus être bien loin, mais je ne vois toujours rien à l’horizon…Et puis soudain deux silhouettes apparaissent au loin, un peu comme un mirage. Plus ils s’approchaient plus je distinguais les armes qui pendaient de leurs bras. La panique!

J’ai du, les quelques centaines de mètres qui nous séparaient, faire des prières en citant tous les dieux et déesses que je connais: L’univers, la Pachamama, Allah, Jesus et Bouddha..

À quelques mètres seulement avant la rencontre fatidique je peux enfin distinguer qu’ils étaient cagoulés mais portaient bien un uniforme militaire. N’ayant jamais vu de militaires en Bolivie je m’étais dit que c’était de toute manière une chance sur deux que je survive à cette rencontre. Je suis en Bolivie où la corruption est légion et où l’image du tableau des disparus affiché à la gare de La Paz continue de se présenter avec persistance.

C’est à quelques mètres seulement que j’agis, sans vraiment réfléchir à ce que je faisais. Je change de côté de route et me dirige vers eux en parlant la première.

-“Salut, il reste beaucoup à marcher pour atteindre le refuge?”

Ils enlèvent alors leurs cagoules pour me répondre. Les deux étaient très jeunes et me regardaient crédules. Je pense bien qu’ils ont peur, autant que moi, de voir une tortue humaine, rouge de surcroit, marcher seule dans ce désert.

L’un des deux me répond.

– “Non tu es bientôt arrivée, 1km seulement”

Et l’autre me demande.

– “Et pour la frontière?”

Je les scrute, toujours sur mes gardes, et décide de parler un maximum. Une manière d’essayer de savoir le fond de leur pensée.

“Une heure et demi à peu près, mais je marche doucement moi vu que je porte mes affaires…Tiens, vous n’auriez pas de l’eau? Quelque chose à manger?”

On me tend des crackers en me disant que c’est tout ce qu’ils avaient. Que je trouverais bien à boire et à manger à l’auberge et que c’est pour bientôt.

Ils remettent leurs cagoules et partent enfin avec un “Buena suerte” et un “Igual” que je leur lance alors qu’ils s’éloignaient déjà.

On s’était rencontré sur une pente que je montais et qu’ils descendaient. Quelques mètres seulement après que je les ai quitté je descendais la pente de l’autre côté. Je me retournais et ne les voyais plus déjà, mais devant moi il y avait un petit bâtiment au loin.

J’éclate en sanglot pour la première fois de la journée. C’était fini!

Bien heureuse d’être en vie!

Plus je m’approchais de l’auberge plus le souvenir de nous être arrêté plus tôt en matinée pour valider la sortie du parc national me revient. On parlait dans la voiture et on avait à peine tendu nos tickets au garde sans même regarder dehors. Il y avait donc bien un refuge et un bureau du parc.

Je me dirige vers le bureau d’abord où on est surpris de me voir arriver à pieds. À part les militaires qui font le trajet vers la frontière personne ne marche par ici. Je donne mon ticket et fais voir mon passeport. On me demande de revenir plus tard le temps qu’ils vérifient que mon ticket était bien valide.

A l’auberge, je trouve un homme, un enfant de 9 ans et un adolescent. Ils sont tout aussi surpris de me voir. Je prend une chambre, dépose mon sac et reviens les retrouver dans la salle à manger.

L’homme est un guide qui part le matin chercher des touristes à la frontière et c’est bien l’adolescent avec son petit frère qui s’occupent de l’auberge. Ils font partie d’une communauté indigène du désert et occupent cette fonction pendant 2 mois en attendant une relève.

Deux autres guides arrivent avec leurs voitures dans la soirée. Je demande à l’un d’entre eux de m’emmener le matin à la frontière pour essayer de trouver un transport qui va directement à Uyuni.

Je dis bonne nuit à tout ce monde vers 20h et je m’enferme dans ma chambre, sans clé, en bricolant un système avec mes cadenas et en mettant une table derrière la porte. Je ne ferme pas l’oeil de la nuit. ça devait être l’adrénaline, car déjà la peur, la vraie, s’était pas mal dissipée.

A 8h du matin je repars avec le guide à la frontière. L’homme en noir dirigeait déjà les premiers touristes vers le bureau. En me voyant il est limite agressif et son ton doucereux de la veille avait complément disparu. Il me demande ce que je faisais encore là et je répond que je suis venue chercher un transport, sans donner plus de détails. Il m’a quelque part confirmé que j’avais fait le bon choix la veille.

Un siège dans un 4×4 et 8 heures de routes pour Uyuni. Les effrayantes heures sont déjà très loin et mon bonheur atteint des seuils jamais connus auparavant.

Ça fait du bien d’être en vie.

La suite: des doutes et un nouveau départ

 

J’avais écris ce texte en partie pendant la nuit à l’auberge et je l’ai fini dès que je suis arrivée à Uyuni. Je ne pouvais pas continuer mon chemin sans relater cette histoire. Je voulais la garder bien en mémoire avec tous ses détails.  Je l’avais fait, alors que j’étais plus qu’épuisée, car je savais bien qu’elle était un tournant bien important, dans mon voyage comme dans ma vie toute entière.

De retour à La Paz, j’avais presque oublié ma décision du désert. Je suis partie au consulat chilien où on était bien étonné. On m’a confirmé que de leur point de vue mon visa était encore valide, mais qu’ils n’étaient pas sûrs que c’est la même compréhension au poste d’Atacama. Ah bon? Un pays comme le Chili avec autant de cafouillages. C’est pour le moins surprenant. On me conseille ceci dit de refaire mon visa mais que je ne pouvais le faire que dans mon pays de résidence. Je leur explique que je n’allais tout de même pas rentrer au Maroc pour ce visa alors que j’avais un vol dans une semaine. Non, non, c’est le Pérou ton pays de résidence dans le continent, vu que tu as un visa d’un an. Ça me fait presque rire, car oui le Pérou, Lima, Miraflores ont bien été mon point de chute pendant ce voyage. J’avais totalisé déjà 3 passages par Lima.

Direction Lima alors. A l’ambassade chilienne de Lima on est d’accord pour me livrer un nouveau visa  “juste pour être sûrs”. Ca allait tout de même prendre un mois alors que mon vol était prévu dans 3 jours.

Je décide alors de changer de vol. Un vol d’ailleurs que j’avais payé très cher 3000$, alors que j’étais malade comme un chien en Patagonie. J’avais acheté un billet d’avion multi-destinations sur un coup de tête, en pensant payer en dollars alors que je payais réellement en millions de pesos chiliens.

A l’agence, la fille qui me prend en charge est enthousiaste à l’idée de régler un si gros problème. Elle me trouve un billet Lima-Hawai-Melbourne qui 1200$ avec possibilité de passer deux semaines à Hawai. Le reliquat de mon billet initial allait m’être livré en voucher à utiliser pendant un an. Le meilleur deal de tous les temps. Ce billet payé, initialement, très cher avait toutes les formules possibles de changement! Au moment où elle allait effectuer le changement j’hésite. Quelque chose me retient de prendre une option aussi parfaite. Je demande à revenir dans une heure.

Je vais alors dans mon café préféré à Microflores et réfléchi. Ma décision est prise, c’est la meilleure option que je puisse avoir. Ces histoires de désert et d’envie de rester en Amérique du Sud, au lieu de la fuir, comme le voudrait le bon sens, c’est des balivernes! Partons à Hawai!

Revenue devant le comptoir, alors que je m’étais préparé à dire “c’est bon, ça sera Hawai”, je me retrouve en train de prononcer cette phrase “Effectuez le changement pour un aller simple, Medellin, en Colombie”…

Et c’était reparti pour la Colombie après une première visite de 5 semaines.

Ce qui s’en est suivi est le voyage dont je rêvais réellement. J’étais partie pour un tour du monde d’un an, sans trop planifier mon trajet dans le détail mais j’avais tout de même un plan global. Je me suis retrouvée à sillonner en long et en large l’Amérique du Sud sans aucun plan. J’étais libre enfin de me découvrir sans penser à demain, à une suite du voyage. Je vivais enfin ce mythe du moment présent. J’avais un voucher de quelques 2800$ qui me permettait de prendre un vol quand bon me semble, pour la destination que je voulais en Amérique du Sud. Cette nuit de fièvre que j’avais commencé par regretter avait été parfaite!

Deux ans et demi après: où est ce que j’en suis?

 

Ce que je n’avais pas osé raconter

Aujourd’hui, après 3 ans de voyage – Un an au complet en Amérique du Sud, un retour de 2 mois au Maroc pour démissionner de mon travail, 8 mois dans un temple au Brésil, et puis une vie de nomade qui continue sans plans, ni véritables projets – Je me rappelle cette histoire comme étant la meilleure de tous mes voyages. Elle m’a bien appris à toujours essayer de voir le meilleur dans le pire.

Ce que je n’ai pas raconté dans mon récit de la mésaventure est ce qui se déroulait réellement dans mon esprit pendant l’action. Des pensées qui se présentaient d’une manière complètement aléatoire. Des réflexions qui me surprenaient moi-même mais qui étaient si convaincantes car elles avaient l’air d’émerger d’un endroit dans mon esprit où ne pouvait subsister aucun doute.

1. Dès les premiers “non” des gardes au poste chilien, ma réflexion était ceci : “Pourquoi je crée autant de non? C’est bien moi qui crée cette journée. Ce mur qui m’empêche d’aller plus loin est bien ma propre construction.”

2. Le garde en habits noirs: Ma première pensée quand il a mis sa main sur moi la première fois était “Mais qu’est ce que tu es en train de faire Houda? Pourquoi créer le viol comme expérience?”

3. Les militaires cagoulés: “Ok, tu as besoin d’en finir complètement et totalement avec cette histoire de peur de l’homme. C’est maintenant!”.

4. Dans le calme du désert: “Tu n’as pas besoin de fuir l’expérience de la vie. Ce qui se passe aujourd’hui est ton choix. Tu as mis fin à ce départ d’Amérique du Sud de la manière la plus violente certes, mais c’est ton choix. Fais toi confiance et continue alors jusqu’au bout. Reste!”

J’avais bien noté toutes ces pensées mais je n’ai pu les inclure dans l’histoire de cette longue journée. J’en avais parlé qu’avec un seul ami qui était à des milliers de kilomètres pendant un appel rapide. Je ne pouvais pas en parler car je n’avais moi-même pas complètement compris. Alors même que j’ai eu cette expérience du désert après avoir expérimenté l’Ayahuasca quatre fois déjà en Amazonie, alors même que j’avais commencé à avoir des visions intrigantes et des expériences énergétiques étranges, je n’avais toujours pas les mots adéquats, ceux qui puissent me convaincre moi-même, à mettre sur l’expérience.

Pourrais-je dire que je suis entièrement responsable de cette expérience? que je l’ai entièrement créée comme un tournant décisif d’apprentissage sur mon chemin de vie? Oui. C’est bien ça et rien de plus!

Mais j’avoue aussi que j’avais peur du jugement. J’avais peur qu’on me prenne pour une folle ou qu’on me dise “Tu n’es plus la personne que j’avais connu avant”. Le fait est qu’on m’a bien dit ceci entre temps et pire encore. Ce qui a réellement changé c’est qu’aujourd’hui je m’en fous cordialement des jugements des autres.

Et des mots enfin sur cette expérience: Relaxe*!

À la fin de ma première année en Amérique du Sud, j’avais débarqué à Source Temple par pur hasard pour faire du Workaway pendant 2 semaines avant de rentrer au Maroc.

Un livre était posé à la table de la cuisine commune de la communauté. Je l’ai pris mais pas ouvert “A Course In Miracles, by Jesus”. Je l’ai rapidement posé. Tout de même pas. Ces trucs new age, une grosse arnaque.

Quelques jours avant de quitter le temple, alors que j’ai pu expérimenter une vie différente, l’amour inconditionnel, enfin l’harmonie que j’étais partie chercher en voyage, je me décide d’ouvrir le livre.  Je prend le petit livret qui contient les revues des 50 premières leçons. On l’appelle “The 20 minutes book” car il se lit en 20 mins. C’est aux toilettes que je découvre ACIM pour la première fois.

  • Nothing I see means anything
  • I have given what I see all the meaning it has for me
  • I have invented the world I see
  • I am upset because I see what is not there
  • I see nothing as it is now
  • I am determined to see things differently
  • I do not perceive my own best interests
  • I do not know what anything is for
  • I have invented the world I see
  • There is nothing to fear
  • I am sustained by the love of God

Et ça continue. 50 leçons que je lisais en me disant que ce sont là bien les mots que je cherchais au fond de moi pour me comprendre. Ce livre s’il n’a été réellement dicté par jésus, j’aurais pu l’écrire moi-même car ce sont bien mes mots.

Je suis rentrée au Maroc, fais ce que j’avais à faire, et je suis repartie vivre dans le temple. Un nouveau cycle avait commencé…

Pourquoi j’écris ceci aujourd’hui? Parce que je sens un grand tournant encore dans ma vie. La seule différence est que j’ai grandi depuis cette expérience dans le désert. J’ai compris que je n’avais plus besoin de créer des expériences intenses pour pouvoir avancer ou rebrousser chemin.

Je suis encore aujourd’hui, et plus que jamais, devant cette question “what next?” J’avoue qu’elle m’a bien travaillé ces derniers jours, intensément, jusqu’à me faire éclater en sanglots au réveil ce matin. Et puis je me suis rappelée le désert d’Uyuni, mon jour le plus long.

En écrivant ces derniers mots, j’ai un sourire aux lèvres et des mots “relaxe, tu n’as besoin de rien faire, tu as juste besoin d’être ici et maintenant et le chemin te sera entièrement livré!”.

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51 Comments

  • wow mais quelle aventure, j’ai dévoré l’article. Je suis heureuse que ça n’ait pas tourné au malheur, tu as pris la bonne décision de partir! ouf…

  • Très belle réflexion et prise de recul sur cette expérience. J’avoue que c’était assez effrayant de te lire. Jehe rejoins complètement sur ta conclusion, nous sommes les créateurs de nos propres malheurs…et avons toutes les clés pour être maître.sse. de nos destins 🙂

    • Exactement, ça vient aussi avec beaucoup de travail sur soi et de la discipline à ramener cette conscience au moment des faits. Ce n’est pas toujours évident, mais voilà, j’essaye encore et toujours de penser d’abord à ma responsabilité dans la création de mon monde avant de réagir…pas évident! 🙂

  • Wow Houda quelle aventure, je suis restėe scotchėe jusqu’à la fin…! Heuresement que ton instinct t’a dit de partir…”What doesn’t kill you makes you stronger”..Merci pour ce partage qui m’ouvre des fenêtres sur un monde et un continent que je ne connais pas encore. 😊

  • Une marocaine avec autant de courage ✌on croise pas chaque jour cette forte volonté de réussir un voyage au milieu de l’inconnu ….

  • Bonjour, je viens de me réveiller en lisant ton histoire, incroyable ! Palpitante ! Émouvante ! Pour moi tu incarnes LA voyageuse! La into the Wilde au féminin ! J’aimerais avoir ton courage!

  • Bravo bravo! Je te félicite pour ton courage.
    Mais franchement pour confronter une telle situation, il faut une personne courageuese. Et sincèrement, la façon dont tu racontes l’histoire m’a fait vivre la situation comme si j’était avec toi.
    TbarkLah alik 🙂

  • Ton histoire m’a captivè, emue, Inspirè.je peux juste te dire bravo! J’espère te croiser un jour, car moi aussi j’ai decidè de partir et rencontrer mon destin.

  • Vraiment allucinant toute cette histoire ! Chapeau “brave lady” !
    La vie nous réserve plein de leçons, ton article me rappelle mon expérience de voyage en solo en Inde ! On a apprend à se débrouiller !
    Houda, t’es une source d’inspiration de guerrière !
    Désormais le voyage est devenu ta légende personnelle, bon vent ma chère ! Rabi yhafdak

  • Fière des marocaines battantes et courageuses comme toi. Après ce récit ,jamais je ne priverai ma fille de sillonner le monde comme elle rêve le faire alors que je la découragé par peur pour sa vie.
    Bravo

  • Tu m’as fait vivre ton mésaventure comme je regardais un film houliwoodien, tu es si brave et si déterminée que tu devienne une source d’inspiration.

  • J’admire vraiment ta persévérance, ta synthèse des faits et surtout les prises de décisions concluantes qui sont en fait une leçon de vie, que j’ai d’ailleurs découverts dans ce beau texte que j’ai lu avec émotion. Je me dis toujours que c’est dans les risques et les situations extrêmes qu’on vit nos meilleures aventures. Bon courage pour la suite!

  • Salut Houda,
    J’ai eu du mal à lire cette phrase “Mais qu’est ce que tu es en train de faire Houda? Pourquoi créer le viol comme expérience?”.
    Est-ce que cela veut dire que les personnes se faisant violer créent cette expérience ?

  • Ton article est passionnant Houda, bravo pour ton courage et bonne continuation pour tes prochaines aventures…Salutations 😘

  • Quelle expérience! J’aimerais avoir ne serait-ce que 1/4 de votre courage et votre détermination. J’ai adoré votre article et je l’ai envoyé à ma fille car c’est cette détermination que je voudrais qu’elle acquiert. Merci

  • Wow !!!! Quelle histoire !!! Tu as toute mon admiration…..je pense a partir seule mais je crois que ma peur d’affronter des situations comme tu as vécues l’emportent encore sur moi….je chemine tranquillement a travers des récits comme le tien….je suis parti seule mais en groupe organisé pour la premiere fois au Pérou en 2015 j’ai adoré….cette année j’aurai 50 ans je partirai avec une amie genre saca dos au Laos ou Bali je crois que je me prépare lentement…..lollll….Bravo a toi !!!!

    Joanne , 11 Aout 2017

  • Wouww Houda, je suis restée en haleine devant ton récit et ton courage.
    Qu’elle belle expérience de la vie. J’aimerais tellement avoir ton courage et m’imagine à ta place ce que moi même j’aurais fait ! BRAVO

  • Très beau récit et très fort…
    Une amie m’a envoyé cet article alors que je traverse moi même quelques bonnes galères de voyage, il m’a permis de voir les choses autrement, alors merci !

  • J’admire la grande maîtrise de soi et du partage.
    Un livre pourrait être une autre expérience de vie car te lire et très agréable

  • Au fil des mots, j’avais peur pour toi. Je souhaitais tant qu’il ne te soit rien arrivé de grave. Heureux de lire que tout cela se soit bien terminé et que tu as pu apprendre sur toi-même.

  • Waaaww.
    J’ai adoré ton article, il est juste waaaw.
    A le lire, je me suis remémorée toutes les situations les plus incroyables que j’ai vécu. Et comme toi, matantoubch, je me retrouve sur un autre vol, une autre destination.
    Je suis heureuse que tu t’es bien sortie, hamdoumah. Le risque est partout au Maroc, a l’etranger va t on arreté de vivre a cause de lui.
    Et notre plus grand danger les voyageuses cest l’homme. Et l’homme est comme le chien, il n faut pas quil ressentr notre peur. Il n tentera rien qd il t sens confiante et sure de toi.

  • Très intéressant ce cheminement mais pour avoir vécu dans plusieurs pays sud américain,je pense qu’une sacrée dose de courage est nécessaire pour sillonner seule ces pays.Bonne continuation pour tes voyages.

  • J’adoore ta maniere d’ecrire de nous raconter les choses et surtout de partager tes pensées intimes …je n’arrivai meme plus a lacher ton article tellement tu as su me faire vivre tes emotions …j’attends ton livre avec impatience 🙂 courage tu es la meilleure !

  • Ouuuf. Je liasais l’histoire et je voyais dans ma tête chaque scène.. c’est vraiment magnifique comme expérience et Hamdollah.

  • Qu elle générosité de coeur que de partager ton chemin de vie. Je salue ta lumière et ton courage.
    Namaste belle âme.

  • Merci beaucoup Houda d’avoir partagé l’aventure avec nous. Que de belles réflexions et d’incitations à la réflexion surtout. Bravo et Bonne continuation

  • je salue ton courage. je n ai pas pu m empêcher de terminer ton récit. ça donne de la matière pour réflexion. chapeau bas .

  • Bravo
    Jai eu un peu près la même chose en Turquie dans la ville frontière avec Alep… là j’ai découvert la sagesse et le self contrôle en moi… surtout la prise de recul

    Tu es courageuse

  • Salut houda,
    En découvrant ton site, et en lisant les récit de tes voyage, je ressens à la fois de la fierté, et du respect.
    T’as vraiment su nous captiver, certes c’est dangereux ces mésaventures à la frontière, mais l’allégresse que tu pourrais ressentir à la fin de chaque « journey », réduira au silence toute voix intérieur qui pourrai te dissuader d’y mettre fin.
    Avec tes récits t’as su nous emmener la ou on ne pourrait probablement pas songer y aller.
    D’ailleurs je t’encourage à écrire des livres, te connaissant tu ne manque pas d’imagination, et avec la matière que tu cumule au fil des Km….
    Bon courage.

  • Merci pour cette phrase, j en avais vrmt besoin et chapeau.
    Je suis en voyage solo pour le moment et je pose la question continuellement quoi faire next
    “relaxe, tu n’as besoin de rien faire, tu as juste besoin d’être ici et maintenant et le chemin te sera entièrement livré!”.

  • belle aventure et inoubliable expérience…merci houda pour tous les moments qu’on a vraiment partager avec vous en lisant votre histoire

  • Hi,

    Your story is absolutely amazing…congratulations on your achievements…!! Looking forward to reading the next chapter of your life…!! God speed 👍🏽💯🙌🏽👏🏽

  • Je vous salue pour le courage et volonté affichée.
    De plus votre style d’écriture est tout simplement digne d’un polar Best seller 🙂

    Bonne continuation

  • Bonjour,
    Je pense que nous sommes juste une poignée d’hommes à avoir répondu par un commentaire sur votre article.
    Comme la plupard des personnes qui ont postées des commentaires. Je les rejoint sur tous ce qu’ils ont dit. J’apprécie beaucoup votre courage et votre détermination.
    Vous avez fait un double voyage au prix d’un. Le premier pour découvrir le monde et le second pour vous découvrir.
    Votre périple est digne d’être projeté par le grand écran.
    Bonne continuation.

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